Lepénisation visuelle | L'Atelier des icônes

Brillante analyse de l’utilisation de l’image par le journal Le Monde à la suite des propos tenus par Nicolas Sarkozy à Grenoble.

Nicolas Sarkozy

«La lepénisation visuelle du chef de l’Etat et des responsables qui l’ont suivi dans cette surenchère populiste fournit la preuve du sentiment qu’avec le discours de Grenoble, jusque dans la frange modérée de l’opinion, une ligne jaune a été franchie.» (André Gunthert)

via Lepénisation visuelle | L’Atelier des icônes.

Post-scriptum (14.08.2010) : je constate, totalement par hasard, que ce billet est le 800e billet publié par politis.ch depuis avril 2005. J’ai vraiment pas l’impression que le monde va mieux depuis avril 2005. Ainsi, le 13 avril 2005 avais-je publié : Cette nuit, le fascisme a ouvert une porte en Suisse

Dans Le Matin, Christoph B. annonce le déclin de l'UDC

Bonnes nouvelles, sans le savoir lui-même, Christoph B. a donné le signal de l’hallali pour sa chose. Certes la route est encore longue, mais l’espoir est de mise. Décodons maintenant ses déclarations faites hier dans Le Matin Dimanche.

Sa première déclaration concerne un éventuel lancement d’une initiative pour interdire constitutionnellement tout rapprochement avec l’Union européenne. Ce n’est pas tellement son obsession contre l’Union européenne qui est intéressant que l’aveux « candide » que pour l’UDC de telles initiatives ont pour but principal de servir le parti dans le maintien ou le développement de sa force électorale. Quitte à ce que les conséquences n’en soient guère analysées comme pour l’initiative anti-minarets.
Un tel niveau d’instrumentalisation des droits populaires -d’aucuns diraient de cynisme- est d’une ampleur inégalée en Suisse. Chacun devrait être conscient qu’en paraphant ou en votant de tels textes, c’est la nature même des droits populaires qui est dénaturée au seul profit de ce parti. On pourrait presque parler de démocratie plébiscitaire en la matière, chaque votation ressemblant à un vote en faveur ou en défaveur de l’UDC comme lorsque les Fédérales de 2007 étaient devenues un plébiscite pour ou contre Christoph B. D’où une juste sanction -ou retour de manivelle- lors de l’élection du Conseil fédéral en décembre de la même année.
Un tel mépris des droits populaires et une telle absence de sens de l’État de droit indiquent que l’UDC ne remplit pas les conditions minimales nécessaires pour en faire un parti gouvernemental. Généralement, les électeurs ne s’y trompent pas dans les élections d’exécutifs qu’ils soient communaux ou cantonaux. Puisse les parlementaires fédéraux retrouver, à l’avenir, cette même lucidité brièvement acquise à fin 2007.

Sa deuxième déclaration s’inscrit dans le prolongement de la première. Il s’agit de l’aveux par Christoph B. que son parti ne pourra pas dépasser les 29% des voix acquises aux Fédérales de 2007. Et que ce score sera difficile à atteindre même à l’aide d’initiatives raccoleuses concoctées en catimini par Christoph B. et ses laquets.
Dans le fond, c’est quelque part l’aveux d’un échec et des limites de l’OPA blochérienne sur la politique suisse, mais pas sur sa capacité de nuisances sur celle-ci. Parti plébiscitaire et populiste, l’UDC sous sa forme actuelle ne peut subsister que dans une logique et un trend visant à être hégémonique et donc majoritaire. Tout reflux ou annonce que l’objectif attendu par son électorat ne sera pas atteint a des conséquences redoutables pour ce type de parti. Généralement c’est le début de la fin que signaleraient déjà les prises de distance de certains élus à l’égard du leader maximo et de son homme de paille à la tête du parti.
On peut aussi considérer que, dans la logique de cet homme, à l’obsession et l’instrumentalisation à fins électorales de l’étranger ou de l’Union européenne s’ajoute celle de l’épouvantail du déclin de l’UDC en espérant que celui-ci ait des vertus mobilisatrices. C’est probablement le propre de tout discours de la Décadence ou du délitement des valeurs.

iMaisonBlanche : Barack Obama sur son iPhone

Depuis quelques jours vous pouvez suivre l’actualité de la Maison Blanche sur iPhone grâce à son application officielle. Une manière de relancer la présence numérique de Barack Obama et sa présidence?

Depuis son arrivée à la Maison Blanche, il est difficile d’affirmer que Barack Obama ait véritablement transformé l’essai de sa campagne sur l’Internet à la Maison Blanche. Cela lui aurait pourtant été fort utile relativement à la réforme de l’assurance-maladie ou pour faire front aux différents groupes de pression.

Cette application viendrait-elle à point nommé pour relancer Barack Obama? Seule, c’est sûr elle ne suffira pas. Ces adversaires ultra-conservateurs ont recouru au populisme et Barack Obama semble lui vouloir les prendre à leur propre piège sur ce terrain-là notamment avec ses dernières annonces sur les banques et le financement des campagnes des candidat-e-s par les lobbys. Existe-t-il un populisme plus «juste» que l’autre? Nous avions déjà abordé ce sujet à l’aide de Gustave Le Bon et sa Psychologie des foules.
En attendant la réponse, vous pouvez voir la présentation de l’application sur le site Whithehouse.gov et télécharger l »application sur l’appstore.


Source :
La Maison Blanche ? Il y a une application pour ça !.

Une Suisse au milieu du gué

Depuis dimanche, bruit et vacarme tournent au-dessus et dans nos/ma têtes.
La Suisse se retrouve dans la tourmente. Contrairement aux années 1940, cette tourmente-ci c’est la Suisse elle-même qui a choisi de la provoquer.

Face aux réactions externes et aux donneurs de leçons hors sol, la mythologie et l’imaginaire helvétiques aboutiront à crisper encore plus les Suisses sur eux-mêmes selon les «bons» vieux principes du hérisson et du Réduit national. Ce phénomène-là n’aidera en aucune manière —ou très difficilement— celles et ceux profondément blessés par le résultat de ce dernier dimanche et attachés à une Suisse confiante en l’avenir, ouverte au monde et tolérante.

Par ailleurs, les réactions des pays Européens sont aussi à comprendre dans leur logique intérieure propre. Nul doute qu’une part de la vigueur de leur réaction au vote de dimanche passé vient du fait qu’ils craignent que ce vote n’entraîne une réaction de même ampleur chez eux également. L’exploitation des résultat par les différents courants européens soit populistes, soit d’extrême-droite, voire de certains membres de gouvernement comme en France ou en Italie, est venu confirmer ces craintes.

Photochrome Usine Bally

Photoglob Zurich (P.Z.) : Fabrique de chaussures C.F. Bally, Schönenwerd, menuiserie, photochromolithographie, vers 1900.

Pour notre part et depuis 1992, l’affrontement entre deux Suisses n’est pas sans évoquer la situation de notre pays entre la République helvétique de 1798 et la Guerre du Sonderbund de 1847 dans le prolongement des Lumières et de la Révolution française avec schématiquement, d’un côté, une Suisse rurale, conservatrice et réactionnaire et, de l’autre, une Suisse urbaine, industrieuse et progressiste. En 2009, si ces composantes restent globalement les mêmes, je note quelques différences significatives

  • la disparition de la composante confessionnelle protestant/catholique qui dans les faits se superposait à la composante rurale/urbaine;
  • l’appartenance à une catégorie sociale est moins forte;
  • les partis en présence à la naissance de la Suisse moderne de 1848 sont également devenus moins homogènes.

Ainsi, de manière symétrique entre 1848 et 1939, le mouvement catholique-conservateur a vu l’arrivée, avec l’encyclique Rerum Novarum, du mouvement chrétien-social alors que le radicalisme s’est fractionné en premier lieu avec l’émergence dans les années 1880 du socialisme, ensuite en 1919 avec le départ des artisans et paysans pour le parti paysans, artisans et bourgeois (PAB). De plus, dans les années 1930, les tendances réactionnaires n’ont pas épargnés non plus les radicaux, comme les libéraux romands.

Schweiz, Kanton Graubuenden, Engadin: Heufuhr

Suisse, canton des Grisons, Engadine, vers 1900

Aujourd’hui, en 2009, force est de constater que nous sommes dans un trend conservateur et réactionnaire qui peut s’adosser à un parti: l’UDC. De plus, contrairement aux années 1930, la scène politique nationale existe qui est plus que la seule agrégation des différents résultats cantonaux. Nul sonderfall helvétique en l’occurence —comme d’habitude serais-je tenté de le dire— puisque ce trend est européen. Il est renforcé du fait

  • de notre repli sur nous-mêmes suite au rejet de l’Espace économique européen;
  • des liens distendus d’appartenance, voire leurs disparitions, d’une partie significative du monde ouvrier;
  • la faiblesse structurelle en Suisse de la gauche et des Verts qui stagnent à moins de 40%;
  • et de la fragmentation du camps de l’ouverture et progressiste.

D’autre part, le camp de l’ouverture et du progressisme est clairement à reconstruire. La tâche n’est pas simple puisqu’il devrait le faire entre des composantes inscrites dans plusieurs partis de gauche comme de droite. Elle est d’autant moins simple qu’en certaines occasions des majorités de circonstances UDC-Socialistes-Verts naissent au Parlement fédéral, voire dans les cantons ou les communes. De plus, il serait erroné de penser que ces tendances contradictoires ne touchent pas le parti des Verts qui, pour certains, pourrait servir de pivot à la recomposition du paysage politique suisse. Aucun parti n’est ainsi épargné par cette question de la recomposition.

Toute la question reste de savoir si le repli identitaire ira en s’approfondissant ou si, devant la dégradation de notre position et notre isolement à l’international, l’intégration européenne apparaîtra finalement comme notre seule bouée de sauvetage. Et, ce dernier dimanche, il est clairement apparu que l’inclinaison du curseur dans un sens comme dans l’autre dépendra beaucoup du choix que feront les milieux économiques.

Illustrations de l’article:

Le photochrome est un procédé suisse présenté lors de l’exposition universelle de Paris en 1889. Le procédé connaîtra un succès immédiat dans le monde entier jusqu’aux prémices de la Première guerre mondiale et l’arrivée des cartes postales. On les redécouvre depuis peu. D’autre part;

ces photos aux couleurs si vives instaurent une proximité immédiate entre elles et nous. Elles ont beau décrire un monde englouti, celui-ci est en haute définition: tout est net, du premier à l’arrière-plan, du ciel azur à la prairie au vert assourdissant. Tout est aussi un peu trop défini, surligné, joli et à vrai dire manipulé. Car en plus de choisir leurs couleurs, les alchimistes de Photoglob ne se gênaient pas pour trafiquer leurs images, ajoutant une barque ici, un armailli là ou changeant l’emplacement d’un hôtel de montagne pour qu’il s’inscrive dans la perspective.

Luc Debraine «Haute définition» | Le Temps, 3 décembre 2009

Usine Bally: Photoglob Zurich (P.Z.) : Fabrique de chaussures C.F. Bally, Schönenwerd, menuiserie, photochromolithographie, vers 1900.

©Slg. Photoglob-Wehrli, EAD / Graphische Sammlung, Schweizerische Nationalbibliothek ; (aus : Schweizerische Landesmuseen, Sammlung Herzog)

Moissons: Switzerland, canton of Grisons, Engadin, hay harvest, photochrome c1900. Lien: http://www.topfoto.co.uk/gallery/harvest/ppages/ppage25.html

La force de communication de l'irrationnel | eco-echos

Quand je lis la presse sur Obama et la réforme de santé, je suis sidérée par la violence du mode d’opposition : « Mort à tous les marxistes », «Un jour Dieu sera devant vous et vous jugera !», institution de «comités de la mort», réforme « diabolique », « Avec cette loi, le gouvernement aura le droit de nous contrôler de la naissance au tombeau », «Le problème, ce n’est pas la réforme de la santé. Le problème, c’est la transformation de ce pays en une Russie, en un pays socialiste», grimmages en Hitler ou en Joker (le fou dangereux de Batman), multiplication des lettres de menaces ou du port ostensible des armes à ses meetings.

L’irrationnel fonctionne à plein dans cette contre-campagne. Et ça marche.

[…]

Car la force de cette communication de l’irrationnel est justement le fait qu’elle n’apporte pas d’arguments. Il ne peut donc rien y avoir à débattre.

Evidemment que ce type de communication n’est pas le propre de cette campagne-là… J’ajouterai que ce type de communication est le propre des discours populistes et extrémistes et je vous renvoie encore une fois à Gustave Le Bon et à la psychologie des foules. Souvent le dénouement en est heureux comme pour l’éviction de Christoph B.

Source: La force de communication de l’irrationnel – eco-echos – développement durable