La concordance helvétique reste en l'état un mort-vivant

Ainsi donc le Parti libéral-radical (PLR) est parvenu ce matin à sauver son deuxième siège au Conseil fédéral remettant ainsi à plus tard la mort officielle de la concordance à la sauce helvétique. Analyse.
Dans l’exercice, et ce n’est pas le moindre de son exploit du jour, le Parti libéral-radical a réussi à éviter de se retrouver dans la position d’un parti satellite de l’UDC. Oh certes probablement pas de beaucoup, mais suffisamment pour se donner un peu d’air et espérer avoir un avenir propre. Les formes du destin commun de ces deux partis se joueront donc à la suite des élections fédérales de 2011. C’est d’ailleurs peut-être cet élément consistant à éviter la satellisation complète dès maintenant du PLR qui a retenu certains élus de gauche à voter Urs Schwaller.
Concernant l’UDC, il était très piquant de voir Caspar Baader ou Jean-François Rime se poser en champion de la concordance helvétique. Autant dire que la concordance dans la bouche de tels personnages prend des accents des plus saugrenus. Un tel concept est ainsi assassiné en direct. D’ailleurs plus on évoque ce terme et plus ce qu’il est sensé décrire dans le monde réel meurt.
Toujours concernant l’UDC, il faut néanmoins noter que ce parti n’est pas parvenu à se poser en faiseur de roi/reine et qu’il a dû sérieusement en rabattre puisqu’au final il a voté Didier Burkhalter. Le leurre Christian Lüscher a parfaitement fonctionné en l’occurrence et les velléités de l’UDC de présenter Jean-François Rime n’ont fait peur à personne, même pas aux PLR! La ligne de l’UDC devient de plus en plus floue pour ses électeurs et sa perte d’influence est réelle depuis fin 2007. Je ne m’en plaindrai pas. (1)
Pour une fois, ce n’est pas le PDC qui s’est retrouvé dans la peau du ventre mou du Parlement helvétique, mais la gauche et plus particulièrement le Parti socialiste. (2) Le PDC s’en trouve grandi et devient clairement la force autour duquel le centre-droit se recomposera une fois que les noces entre le PLR et l’UDC auront été prononcées.
Ainsi, la gauche n’a pas confirmé la stratégie élaborée avec le PDC lors de l’élection au Conseil fédéral de fin 2007. Cette stratégie a connu un premier échec (d’un cheveu) lors de l’élection d’Ueli Maurer. Mais, cette fois-ci, c’est elle-même qui n’a pas osé aller jusqu’au bout de sa logique. Elle s’est privée de faire véritablement de la politique qui consiste aussi à prendre des risques, y compris celui, pour le Parti socialiste, d’un retour de bâton lors d’une prochaine élection au Conseil fédéral.
Rien n’assure cependant qu’une telle stratégie soit gagnante pour le Parti socialiste lors du renouvellement du Conseil fédéral en 2011, ni pour les Verts d’ailleurs si le PDC arrive à agréger autour de lui les forces du centre-droit (Évangéliques, Verts libéraux… et PAB).
Ce manque d’audace de la gauche reste pour moi incompréhensible de la part d’une force politique (PS + Verts) qui stagne depuis de nombreuses années légèrement au-dessus des 30% des forces en présence au sein de l’Assemblée fédérale. Mais ceci explique peut-être cela.
Finalement, également et une nouvelle fois, un autre possible n’est guère envisageable tant que la manoeuvre se limite à des questions de choix de personnes et non au développement d’un véritable projet politique post-concordance. Se fier au hasard pour la renouveller ou en sortir n’est tout simplement ni responsable, ni crédible.

Post-scriptum: il va de soi que je félicite Didier Burkhalter pour son élection et que tous mes voeux l’accompagnent dans l’exercice de sa nouvelle fonction.

(1) Si je continue à penser que ce qui se passe sous nos yeux n’est rien d’autre que la recomposition de la droite en Suisse, ce n’est pas tout à fait la même chose si celle-ci a lieu sous l’entière houlette de l’UDC, celle du PLR ou celle conjointe de l’UDC et du PLR.

(2) Quoique je perçois une part de Realpolitik des Verts en choisissant de ne pas passer avec armes et bagages du côté du PDC. En effet, pour obtenir des voix de la droite éventuellement contre un-e candidat-e socialiste en 2011, les voix du Parti libéral-radical ne seront pas de trop… En procédant de la sorte, les Verts se banalisent et n’en sortiront pas forcément gagnant à terme.

Arrivée d’une nouvelle génération d’élu-e-s fédéraux

Bien malin celui qui sait ce qui s’est tramé lors de cette deuxième nuit des longs couteaux. En attendant et en guise de réflexion, je vous propose l’observation suivante.


Christophe Darbellay (PDC)

Il est indubitable que l’éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral a marqué hier l’arrivée en tête de ligne d’une nouvelle génération de politicien-ne-s. Cette génération va très certainement d’autant plus vite faire vieillir le tribun zurichois et son discours. Surtout si celui-ci se replie sur la présidence de l’UDC.[1] En effet, deux des principaux protagonistes du scénario de ce mercredi sont ou seront face à lui dans leurs habits de président de parti national. J’ai bien sûr nommé Christophe Darbellay (PDC) et Christian Levrat (PS). [2]


Christian Levrat (PS)

A voir : les vidéos des interventions à 19h30 avec les mêmes.

Notes:
  1. En cela, Blocher pourrait bien devenir le principal obstacle à l’émergence d’une relève blochérienne au sein de l’UDC. Comme Le Pen en France ou Castro à Cuba, c’est toujours la succession du Vieux Chef qui se révèle, heureusement, la plus redoutable pour les partis populistes ou extrémistes.
  2. Dans les débats TSR de 12h00 et 13h00, j’ai été frappé du côté tout d’un coup vieilli des représentants UDC relativement aux autres représentants de parti. Face aux ténors, Christophe Darbellay et Christian Levrat, on retrouvait Jean-François Rime ou Hans Fehr. D’un coup, zappés Oscar Freysinger ou Yvan Perrin.