Barack Obama et Nicolas Sarkozy : destins croisés?

Ce week-end a peut-être marqué le tournant tant dans la présidence de Barack Obama que dans celle de Nicolas Sarkozy. Barack Obama paraît avoir endossé sa stature présidentielle intérieure alors que, de plus en plus, ces mêmes habits paraissent trop grands pour Nicolas Sarkozy.

La Maison Blanche applaudissant à l

TechPresident (Owning the Moment | techPresident) propose cette photo de la Maison Blanche applaudissant à l’annonce du résultat du vote du Congrès sur la réforme de santé (approuvée par 219 voix à 212). Le site précise que, d’habitude, la Maison Blanche prend un certain temps avant de publier sur Flickr de telles photos. De la sorte, les photographes professionnels couvrant l’événement disposent d’une certaine préférence dans la couverture de l’actualité. Rien de tel dans le cas présent puisque cette photo était mise en ligne dix minutes après avoir été prise. Par ailleurs, le compte Twitter de Barack Obama célébrait ce vote par un unique tweet: « Yes We Can. » TechPresident souligne également le retour sur le devant de la scène d’Organizing for America pour vendre cette réforme de la santé et en tirer profit politiquement pour Barack Obama. (Voir mon précédent billet à ce propos: Dernière ligne droite pour Obama et la Réforme de Santé) Pour TechPresident:

In large part, of course, the question now becomes this bigger question of how the White House and his allies can starting « selling » the health care bill for political gain, or, in the worst case for them, to at least to preserve against losses.

Roosevelt et Obama: deux New Deal?

De son côté Rue89 (Obama et la santé : les Etats-Unis rejoignent le XXe siècle) souligne l’exploit réalisé par les Démocrates et Barack Obama d’avoir enfin réussi à offrir à sa population une couverture universelle d’assurance-maladie, même s’il ne s’agit pas d’une réforme radicale. Rue89 enchaîne avec Time Magazine pour dresser un parallèle entre Barack Obama et Franklin Roosevelt.

Pour sa part, Richard Hétu s’interroge —alors que les Républicains s’étaient promis de faire de la réforme de santé le Waterloo de Barack Obama— si ceux-ci, en adoptant des positions extrémistes, n’ont pas réussi à en faire leur propre Waterloo. Cette thèse est notamment défendue par le conservateur David Frum sur MSNBC. (Le Waterloo des républicains?).

Si les Républicains ont peut-être connu hier leur Waterloo, la Bérézina est une autre métaphore napoléonienne qui semble convenir à l’échec de l’UMP et de Nicolas Sarkozy à l’occasion des régionales de ce week-end. C’est dans tous les cas, une défaite en rase campagne. Jean-Luc Mélanchon (Front de Gauche) ne manque pas de souligner, même si comparaison n’est pas raison, que «s’il y avait des législatives ce soir, il faut savoir qu’il n’y aurait que 45 députés UMP.»

Non seulement, l’UMP n’est pas cette union à gagner de la droite en se rassemblant dès le premier tour, mais l’échec de celle-ci s’accompagne du retour inquiétant du Front National comme le souligne fort justement Jean-François Kahn sur son blog (Régionales: le coup de tonnerre lepéniste):

Pour la première fois le FN, partout où il était présent, a progressé d’un tour à l’autre. Ce qui signifie qu’il a réussi à arracher à la gauche un électorat populaire devenu viscéralement anti-sarkozyste, révolté, exaspéré, et ne veut pas pour autant voter PS. Mais qui, s’il n’a le choix qu’entre l’UMP et la gauche, est plus nombreux qu’il ne l’a jamais été à choisir la gauche. D’où le fait que le PS fait un bien meilleur score en duel qu’en triangulaire.

Jean-François Kahn en conclut que «le Front National est devenu, plus que le PS, un captateur de l’exaspération des couches les plus populaires.» Il s’inquiète aussi de la machine à fabriquer l’abstention qu’est cette Ve République sarkozienne et jacobine qui «risque à terme de tourner en attentat contre la démocratie.» On en frémit.

Crédit Photos: The White House (compte Flickr) et Time Magazine.

Sarkozy : vrai populiste bonapartiste ou réactionnaire maurassien?

Nicolas Sarkozy ou le syndrôme Katrina

Nicolas Sarkozy ou le syndrôme Katrina. Sarkofrance décrypte l'image de Nicolas Sarkozy survolant les zones sinistrées par Xynthia en la mettant en parallèle avec celle de Georges Bush survolant alors les zones sinistrées par Katrina.

Jean-François Kahan vient sur son blog de proposer un portrait fort bien léché de Nicolas Sarkozy avec un style que ne renierait pas Patrick Rambaud dans sa fresque du règne de Nicolas Ier (voir mon billet Chronique du règne de Nicolas Ier):

Sarkozy n’est pas nul. Loin de là. Non, on ne saurait le réduire, comme certains, à une espèce de pantin dérisoire et inculte. Il a un vrai talent réactif, quasi énergétique, et un rare sens de l’appropriation de toutes les opportunités et de toutes les occasions. Comme il n’est nullement, quoi qu’on en dise, un idéologue dogmatique, mais, pour le coup, un vrai populiste bonapartiste, sans conviction contraignante, capable de transformer en passion apparemment incandescente un cynisme froid, il peut arborer tour à tour toutes les casaques, enfourcher tous les chevaux, les recruter dans toutes les écuries et les diriger vers tous les abreuvoirs en leur faisant emprunter tous les chemins de traverse pour débouler en tête sur la piste de l’hippodrome central.

via Régionales : ne vendons pas la peau de l’ours.

Cependant, comme le fait justement remarquer un de ses commentateurs:

Il faut faire la différence entre les discours et le bilan réel. Dans ses discours il peut dire une chose et son contraire d’un mois sur l’autre, et paraitre avoir des idées malleables (c’est le moins qu’on puisse dire !).

Mais si on regarde son bilan réel, c’est à dire les lois réellement votées et appliquées, on y retrouve quoi : le paquet fiscal, les lois sécuritaires, les reconduites à la frontières et les procédures de naturalisation complexifiées. Donc un bilan réel au gout clairement idéologique.

(Yendred, commentaire no 29 du billet de J.-F. Kahn)

En ce sens-là, comme je l’indiquais après un an de règne,

Nicolas Sarkozy a montré son vrai visage: celui non pas d’un libéral, mais d’un réactionnaire que n’aurait pas renié Charles Maurras et l’Action française.
Putain un an! Autopsie d’une débâcle annoncée, 4 mai 2008

Depuis 2008, la crise économique est passée par là et renforce le brouillage d’un discours sarkozien que ce dernier s’amuse à brouiller à souhait. Ainsi en est-il lorsque Nicolas Sarkozy après les ravages ces jours-ci de Xynthia prend ses airs de justicier et tonne:

Il faut qu’on s’interroge pour savoir comment en France, au XXIe siècle, des familles peuvent être surprises dans leur sommeil, mourir noyées dans leur maison. […] On ne peut pas transiger avec la sécurité. De mon point de vue, la sécurité est prioritaire.

alors que, comme le relève Rue89, moins d’un an avant ce même Nicolas Sarkozy insistait sur la nécessité de construire en zone inondable, de densifier les zones urbaines et de se libérer des contraintes de la loi Littoral et que le Sarkozy candidat de 2007 tenait déjà à assouplir la loi littoral. (Avant Xynthia, Sarkozy voulait « construire en zone inondable ».

Référence de l’image et à l’article de SarkoFrance: Avec Xynthia, Sarkozy, défait, a trouvé sa Katrina.

Patrick Rambaud en est pour sa part au troisième année de sa Chronique du règne de Nicolas Ier : A la cour de Sa Compulsive Grandeur (L’Hebdo, 6 janvier 2010).

Ornans: de Gustave Courbet à Nicolas Sarkozy…

Notre ville de La Tour-de-Peilz est jumelée avec la commune français d’Ornans. L’origine de ce jumelage remonte au peintre Gustave Courbet qui est né à Ornans et qui est mort à La Tour-de-Peilz.

Nul doute qu’il y aurait pour ce brave Gustave Courbet de quoi se retourner dans la tombe après la prestation de Nicolas Sarkozy dans sa ville natale.

De quoi desceller une nouvelle fois la colonne Vendôme. En plus, depuis, le vin de notre commune s’est amélioré…

A lire aussi, l’article de Marianne en complément de cette vidéo.

Dailymotion – Nicolas Sarkozy, chez Alstom, à Ornans, une vidéo de Mediapart. Alstom, Mediapart, Sarkozy, Ornans, Doubs

L'enseignement de la Shoah oublie Sarkozy

Source: L’Expresso du 19 Juin 2008: « L’enseignement de la Shoah oublie Sarkozy »

La mission Waysbord-Loing sur l’enseignement de la Shoah au CM2 a remis le 18 juin son rapport au ministre de l’éducation nationale. Cette mission avait était mise en place suite à la polémique déclenchée par la volonté de Nicolas Sarkozy, président de la République française, d’associer un enfant mort à tout écolier.[1]
 
Cette commission estime maintenant que

«la thématique des enfants victimes a été d’emblée retenue comme une approche particulièrement adaptée aux élèves de CM2. Elle leur permet par le biais de récits et de figures particulières de s’initier à un passé qui a déterminé l’organisation présente du monde.» 

Mais les enseignants devront veiller à ne pas traumatiser les enfants. Aussi insiste-t-elle sur

«le conseil donné d’élargir le travail mené en classe, aux enfants cachés et sauvés pour éviter aussi une vision trop simplifiée de la réalité… C’est donc avant tout l’itinéraire des enfants avant leur déportation qui est évoqué. Les enfants sauvés et les Justes sont associés.» 

La circulaire (à paraître) reprend imparfaitement ces orientations (entre autre sur l’appel à la vie) mais garantit la liberté des enseignants.

«Pour aborder cet enseignement, les maîtres sont libres de leurs choix pédagogiques et plusieurs approches, souvent complémentaires, sont possibles. La thématique des enfants victimes est cependant une entrée à privilégier au CM2 : partir d’un nom, d’un visage, d’un itinéraire, de l’exemple singulier d’une famille dont l’histoire est liée aux lieux proches – l’école, la commune, le département – constitue une approche pédagogique respectueuse de la sensibilité des enfants. À partir d’un exemple, les élèves appréhenderont la déshumanisation systématique des victimes jusqu’à l’extermination : la discrimination, les arrestations, les camps d’internement, les convois, puis les camps d’extermination. À partir des exemples des maisons d’enfants, des enfants cachés, des justes, ils approcheront aussi les notions de solidarité et de valeurs universelles.»

Un livret pédagogique diffusé auprès des enseignants de CM2 ainsi qu’un site Internet sont annoncés par la circulaire.

Ainsi, face à la réprobation quasi unanime suscitée par la proposition sarkozienne, le repli des positions «présidentielles» a été réalisé en deux temps. D’abord une première atténuation via la mission Waysbord-Loing, puis via les directives d’orientation de l’Education nationale. Il n’en demeure pas moins que cela ressemble fortement à une défaite en rase campagne pour le président de la République. On est loin aussi du panache d’un autre 18 juin…

Chronique du règne de Nicolas 1er

J’ai appris à connaître et à apprécier Patrick Rambaud au travers de sa chronique du règne de Napoléon Bonaparte et plus particulièrement de son livre La Bataille. Mais Patrick Rambaud est également un pasticheur et un pamphlétaire de talent. Sa dernière livraison revient sur les huit premiers mois du règne de Sarkozy Ier et c’est décapant. Promis, juré.

Un extrait (p. 28):

« Notre Impérieux Souverain n’utilisait pas les menteries  ordinaires qui tissent une politique: au lieu de promettre, il affirmait, et en affirmant des choses différentes aux différents groupes auxquels il s’adressait, il pratiquait un brouillage fort déconcertant. Avant même qu’elle fût mise en oeuvre, une affirmation contraire venait recouvrir la première, qui en était oubliée avant que des malotrus pussent la contester, s’en moquer ou s’en indigner. »

Ce billet fait écho au billet (Putain un an! Autopsie d’une débâcle annoncée).

Voir aussi mon précédent billet sur le livre.

Putain un an! Autopsie d'une débâcle annoncée

4 mai 2007 – 4 mai 2008: un an déjà de Nicolas Sarkozy Président pour un résultat attendu: les Français n’en veulent déjà plus! 

Mais pourquoi un tel résultat attendu? 

C’est déjà et bien sûr le grand écart entre les promesses du candidat et la politique mise en oeuvre depuis. La démagogie a ses limites et Nicolas Sarkozy les a atteintes très rapidement. La vidéo ci-dessous les énumère (Source: Mouvement des Jeunes socialistes de Meurthe et Moselle):

 

Mais c’est aussi le résultat d’un malentendu: les raisons pour lesquelles une majorité de Français avait voté pour lui. Si le candidat disait vouloir et incarner l’esprit de réforme, de changement pour la France, la radiographie de ses électeurs démontraient des motivations de vote à l’opposé. Un électorat âgé, crispé sur les questions de sécurité et à sécuriser sur les questions de retraite. Comme je le disais dès le 7 mai: 

«C’est donc essentiellement la France qui ne se lève plus pour aller travailler qui trouve que les autres ne le font pas assez et qui fait pencher la balance…» (Les jeunes avec Ségolène Royal, les vieux avec Nicolas Sarkozy - 7 mai 2007)

Ce hiatus se retrouvait d’ailleurs lors des législatives (Villes symbole de modernité – UMP symbole de ruralité – 19 juin 200)

Puis, sur une série de question telle la laïcité ou l’histoire, Nicolas Sarkozy a montré son vrai visage: celui non pas d’un libéral, mais d’un réactionnaire que n’aurait pas renié Charles Maurras et l’Action française:

Sur le plan économique et non moral, ce dernier point n’est pas sans importance puisque Nicolas Sarkozy finit même par décevoir au sein des instances patronales…

Enfin ses frasques matrimoniales ont fini de détourner de lui l’électorat de droite tenant de l’ordre moral et du conservatisme.

Ainsi à force de vouloir plaire à tout le monde, Nicolas Sarkozy en une année a réussi à se mettre, une fois ou l’autre, chacun à dos. Elu par 53% des électeurs, les sondages le montrent aujourd’hui au fond du trou et ils ne sont que 28% a être satisfait de sa politique et que 30% à penser qu’il terminera son mandat sans crise majeure alors que 62% pensent qu’une grave crise éclatera d’ici la fin de son mandat et que 55% ne souhaitent pas qu’il se représente en 2012 (Source: Lait d’Beu). 

 

Le «pauvre con» de Barack Obama

« Dans certaines de ces petites villes, en Pennsylvanie, comme dans beaucoup de petites villes du Midwest, les emplois sont partis il y a vingt-cinq ans, et rien ne les a remplacés. Elles ont chuté sous le gouvernement Clinton et sous le gouvernement Bush. Les gouvernements successifs ont dit que ces villes allaient se régénérer, et cela ne s’est pas produit. Alors, il n’est pas surprenant que ces gens deviennent aigris, qu’ils s’accrochent aux armes, à la religion, ou bien à l’antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, à des sentiments anti-immigrés ou anti-commerce, comme moyens d’expliquer leur frustration. »

Ces propos tenus par Barack Obama, lors d’une réunion privée de collecte de fonds, à Sans Francisco, le 6 avril dernier, ont été enregistrés par une participante, puis ont été publiés sur le site conservateur du Huffington Post (http://www.huffingtonpost.com/). La reportrice/rapporteuse Mayhill Fowler se dit « journaliste citoyenne », se raconte au Los Angeles Times (http://www.latimes.com/) et affirme ne pas s’être cachée pour enregistrer le candidat, bien que la rencontre ait été « fermée à la presse ». Depuis, des enregistrements audio et vidéo ont essaimé largement sur Internet.

Tant John McCain qu’Hillary Clinton s’en sont emparés pour s’attaquer au candidat Obama. Pour certains, cette sortie d’Obama pourrait lui coûter l’investiture démocrate. Dans une semaine, les primaires auront lieu en Pennsylvanie et le temps est trop court pour réparer (si possible) les dommages, De plus, l’enjeu majeur pour les deux candidats démocrates consiste à convaincre les superdélégués qui, dans tous les cas de figure, décideront du choix du candidat-e démocrate puisqu’aucun des deux n’atteindra sans eux la majorité nécessaire.

Ainsi, autant le succès de Barack Obama que son éventuelle chute seront largement dus à l’utilisation de l’Internet et de la manière dont l’information désormais se construit à l’aide des différents médias en ligne. Une nouvelle fois, l’«affaire» démarre sur le net avant de se développer dans les médias plus traditionnels. Jusqu’au 6 avril, Barack Obama a largement bénéficié de sa parfaite maîtrise de ces nouveaux outils, y compris pour mobiliser et récolter des fonds. Avec le 6 avril, il a rejoint Nicolas Sarkozy et son «pauvre con».

PS: cet événement irait dans le sens de l’affirmation faite début mars par Samule Popkin, professeur de Sciences politiques et ancien consultant pour la campagne de Bill Clinton pour qui la campagne allait se jouer sur un coup de poker.

Yann Lambiel s'en prend au "Pauvre con" de Nicolas Sarkozy

Lors de la soirée d’adieu à Eric Voruz, syndic de Morges, l’imitateur romand Yann Lambiel* a rendu hommage, sous les traits du Président de la Confédération Pascal Couchepin, au syndic morgien .
Dans l’extrait suivant, il s’en est pris au fameux « pauvre con » de Nicolas Sarkozy au travers d’une imitation des anciens présidents français de Charles de Gaulle à Jacques Chirac en passant par Giscard d’Estaing et François Mitterand:

Pour l’entier de la prestation de Yann Lambiel lors de cette soirée: Cérémonie d’adieux à Eric Voruz – Yann Lambiel
En bonus, la vidéo du discours prononcé, lors de cette même soirée, par Jean-Charles Simon:

Bon week-end!

Nicolas Sarkozy et l'école : le retour au phonographe à grand-papa

Moi aussi j’ai ma phase «retour en marche arrière». J’ai remonté mon tourne-disque, ouvert l’armoire aux 33tours, sorti Rod Stewart, Styx, Stevie Winwoods, Fleetwood Mac, Average White Band et Sea Level. Effet de l’âge? volonté de remonter le temps alors que celui devant moi diminue inéxorablement? être et avoir été? je ne le sais. Toujours est-il que c’est agréable de retrouver mon adolescence et mes 15-17 ans. Mais cela n’a de valeur que parce que je mesure le chemin parcouru et l’évolution qu’a connue autant ma personne que la production musicale. Bien sûr je peux songer à un «revival» permanent, mais il ne saurait répondre à mes défis d’ajourd’hui et à ceux du monde musical. Me contenter de me passer et repasser ces disques ne ferait que de me plonger dans une douce torpeur, certes agréable, mais illusoire. Ce qui ne veut pas dire qu’aujourd’hui est meilleur que hier, mais que pour répondre aux questions d’aujourd’hui, il ne sert à rien de mimer les réponses d’hier : le 33tours n’est pas la réponse pour les maisons du disque à la dématérialisation de la musique et à la crise de l’industrie musicale. Le 33tours est un marché de niche, répondant à des nostalgiques ou à des besoins spécifiques, mais il n’est pas généralisable à l’ensemble des consommateurs de musique.
Pas plus que la réforme des programmes du primaire français annoncée à Perigueux par Nicolas Sarkozy et développée par Xavier Darcos, son ministre de l’éducation, se proposant in fine de revenir à l’école primaire du XIXe siècle de Jules Ferry ou que l’initiative vaudoise pour enclencher la marche arrière scolaire et figer l’école vaudoise dans le formol du siècle passé ne sont LA réponse d’aujourd’hui aux défis qui attendent demain notre société et notre jeunesse. C’est les plonger, nous plonger, dans cette trompeuse torpeur, c’est mimer un temps qui ne peut pas revenir. C’est enclencher la marche arrière qui fera que nous serons écrasés par le passé plutôt que de tirer les leçons du passé pour construire les outils qui, aujourd’hui, nous aiderons à construire notre monde de demain.