C’est le silence qui accueille cette image satirique qui intrigue. A un moment où les héros de la primaire socialiste occupent les colonnes et les ondes, on se demande à vrai dire si Nicolas Sarkozy existe encore comme personnage politique pour l’univers médiatique. Scotché au plancher par les sondages, absent des couvertures (à l’exception de celle du Point du 1er septembre, qui ressemble à un adieu), il semble désormais tenir du meuble dans lequel on se cogne plutôt que du porte-drapeau de l’avenir majoritaire.
Cette contradiction est en fait la règle de toute action qui comporte une validation publique, et rejoint la leçon classique de la publicité, selon laquelle une campagne dont la promesse est trop éloignée des qualités réelles du produit est vouée à l’échec.
Suffit-il de deux répliques et d’une coupe de cheveu à la Bernard Thibault de Gérard Depardieu pour que l’adaptation cinématographique d’une pièce de boulevard soit hissée au rang de critique sociale de l’hyperprésident Nicolas S. et permette de dresser un tableau de comparaison entre celui-ci et la présidence de Valéry Giscard d’Estaing?
Dans Potiche de François Ozon, actuellement en salles, Fabrice Luchini incarne un patron giscardien —le film se déroule en 1978— qui, séquestré par ses ouvriers, lance un «Casse-toi pov’ con» très sarkozyen. Pour sa part, Gérard Depardieu, interprète un député-maire communiste et ancien amant de Catherine Deneuve, la femme de Fabrice Luchini. Il a la coupe de Bernard Thibault le secrétaire général de la CGT:
Gérard Depardieu dans «Potiche» de François Ozon
Le «modèle» Bernard Thibault, secrétaire de la CGT
Dans ses interviews, le réalisateur François Ozon ne cache pas sa volonté d’entrechoquer les années Giscard avec l’actualité récente et notamment lorsqu’on l’interroge sur l’origine de son film:
L’élément déclencheur a été ma rencontre avec les producteurs Eric et Nicolas Altmayer. Ils voulaient faire un film sur Nicolas Sarkozy. Moi, je n’en avais pas vraiment envie, ou alors sur Cécilia…
Mais la fin des années soixante-dix a bien des ressemblances avec la nôtre. Il y avait de fortes tensions sociales, des séquestrations de patrons, un président, Giscard d’Estaing, qui voulait moderniser la politique. La différence, c’est que le Parti communiste était alors à 20 %… L’idée, c’était de garder un ton de comédie, avec un petit quelque chose de plus… (Cinéma François Ozon : « Une énorme violence sociale… »)
La réunion de Catherine Deneuve et Gérard Depardieu permet alors à Ozon de reformer le couple de la bourgeoise et du prolo des films de Truffaut. (Dans Le Dernier métro par exemple) Et, le rapport à l’actualité concernant la coupe de Gérard Depardieu est également assumé par François Ozon:
Objectivement, [Gérard Depardieu] m’a surpris ! Il existe vraiment dans le personnage de Babin, le député-maire PC, mais aussi un type transi d’amour, prêt à abandonner la Révolution pour un amour de jeunesse. Il a même accepté une coiffure à la Bernard Thibault. (Cinéma François Ozon : « Une énorme violence sociale… »)
A partir de ces éléments-là, pour Slate.fr, le rapprochement entre Nicolas S. et Valéry Giscard d’Estaing et les deux époques ne s’arrête pas à ce récent écho cinématographique. Et ce rapprochement donne lieu à une interrogation : Rupture, style, impopularité, affaires… Et si Nicolas Sarkozy était le nouveau Giscard? (Nicolas Sarkozy, un Giscard destin?)
Mais peut-on hisser un cinéma de boulevard au rang de critique sociale? Et François Ozon en intellectuel du dépassement du capitalisme ? Lui-même ne va pas si loin et, au final, la seule porte ouverte au changement porte sur la place des femmes dans la société:
Dans le théâtre de boulevard, on joue avec toutes les transgressions possibles – sociales, familiales, affectives, politiques – mais à la fin, tout le monde retombe toujours sur ses pattes. Les bourgeois ont envie de rire et de se faire peur, mais à condition que tout finisse par rentrer dans l’ordre. Dans mon adaptation, j’ai essayé que les choses bougent et se transforment vraiment : Suzanne trouve finalement une réelle place en tant que femme dans la société, l’ordre patriarcal est véritablement bafoué et le fils est vraisemblablement incestueux… (Entretien avec François Ozon)
De plus, certaines clés manquent au spectateur moyen pour s’engager plus loin dans la critique sociale tant du giscardisme que du sarkozysme. Pour autant également que François Ozon les ait également insérées délibérément. Ainsi à la fin du film, alors que Suzanne (Catherine Deneuve) gagne l’élection à l’Assemblée nationale au détriment du député communiste Babin (Gérard Depardieu), cette dernière entonne un « C’est beau la vie »:
« C’est beau la vie », la chanson chantée par Suzanne à la fin du film, a été écrite par Jean Ferrat dans les années 60 pour Isabelle Aubret, qui avait survécu à un grave accident de voiture. L’utiliser dans un cadre plus politique, à la fin du meeting, me semblait lui donner une autre dimension, après avoir suivi le parcours de Suzanne et son émancipation. (Entretien avec François Ozon)
Mais c’est passer à côté d’une réalité plus sombre de ces années Giscard concernant Isabelle Aubret. En effet, dans ses années-là et jusqu’à l’arrivée de François Mitterand en 1981, cette dernière est boycottée par les médias en raison de ses amitiés d’extrême-gauche:
Mais on ne la voit jamais à la télé et ses amitiés d’extrême gauche font d’elle une artiste boycottée par les médias et en particulier par les producteurs des émissions de variétés les plus populaires du moment. (Isabelle Aubret. RFI)
Quel est alors le sens de faire interpréter cette chanson par une (grande) bourgeoise qui vient juste d’être élue sous l’étiquette « indépendante de droite » en battant un élu communiste?
Pour finir, la critique sociale portée par «Potiche» en prend un sacré coup lorsque la réalité de l’automne 2010 rattrape le film. On y voit alors un Gérard Depardieu débarrassé de sa coupe syndicale et taclant, depuis Abou Dhabi dans les Emirats arabes unis où il présente le film, son «modèle»:
En 2010, le député-maire communiste Babin a viré pour le moins sarkoziste et sa marionnette se fait prendre à partie sur son scooter dans les manifestations parisiennes par des délégués syndicaux CGT. (Depardieu dans le défilé parisien… malgré lui) En ce sens, le film de François Ozon retrouve son genre: celui du théâtre de boulevard…
Dans sa Chronique Education de ce jour, Philippe Watrelot rend compte de l’évolution des manifestations et des (sur)réactions policières et évoque à juste titre de stratégie du pourrissement de la part du gouvernement et du président de la République. Depuis son arrivée du pouvoir, Nicolas Sarkozy s’est, dans les relations avec les partenaires sociaux et plus particulièrement des syndicats, toujours inspiré des méthodes de Margareth Tachtcher. Aujourd’hui, bien loin de prendre ses responsabilités de chef d’Etat, il est prêt à tout pour pourrir la situation, faire ainsi peur aux bourgeois et jouer son va-tout pour se faire réélire.
En 2007, j’évoquais déjà la référence à Margaret Tatcher lors de la réforme des régimes spéciaux de retraite1. Aujourd’hui, Philippe Watrelot perçoit, dans l’attitude de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement une stratégie du pourrissement concernant les manifestations de ces derniers jours:
Blocus, poubelles incendiées, voitures retournées, violences, vols et agressions, usage des lacrymogènes pour disperser, arrestations,… C’est ce que j’ai pu voir ce matin dans le lycée dans lequel je travaille. Et dans ce lycée de banlieue, le mouvement social nous rappelait plus les émeutes urbaines de 2005 que les manifestations organisées contre le CPE de 2006. Si les jeunes sont entrés dans la mobilisation, il ne faut pas oublier que ce que l’on appelle trop rapidement ‘les jeunes’ n’est pas un bloc homogène. Parmi eux, il y a des situations très différentes et la grève est aussi le prétexte à l’expression d’une violence et d’un malaise auquel il n’a jamais été répondu depuis la crise des banlieues.
Dans bon nombre de lycées, on a vu des situations très complexes et tendues. Des lycéens très motivés et d’autres qui le sont moins se trouvent confrontés à des ‘casseurs’. C’est une situation extrêmement complexe à gérer pour les chefs d’établissements (qui sont laissés sans consignes claires par le ministère) et aussi, convenons-en, pour les forces de l’ordre. Si Vendredi, le ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, a envoyé à tous les préfets un télégramme pour éviter toute escalade et ‘limiter l’usage de la force au strict nécessaire’, on peut aussi penser qu’après les provocations et la répression, cela peut passer pour une stratégie du pourrissement. C’est, en tout cas, une évolution dont il faut tenir compte du côté des manifestants. Il serait vraiment dommage que le mouvement social soit affecté par ces dérives. Et n’oublions pas que cette tension est aussi et surtout le résultat d’un durcissement du discours gouvernemental et d’un refus du dialogue social. Le vrai blocage est là…
Casser du syndicat en refusant tout dialogue social telle était la «politique»2 poursuivie en son temps par Margaret Tatcher à l’égard des syndicats de mineurs britanniques. Nicolas Sarkozy en est ainsi un digne émule. Si la novlangue veut nous faire croire que le concept de lutte des classes est passé de mode, N. Sarkozy l’applique avec toute la rigueur nécessaire pour briser ses adversaires. Son intention n’est nullement concentrée sur le règlement de la question des retraites et le mensuel économiques Alternatives Economiques le souligne3
Ce qui pose problème ce sont les choix particuliers effectués par le gouvernement. Ils sont probablement les plus injustes qu’on puisse imaginer. La hausse de l’âge minimal de départ de 60 à 62 ans revient à s’en prendre en priorité à ceux qui ont commencé à travailler tôt : celui qui a démarré à 18 ans devra cotiser 44 ans contre 41,5 ans pour les autres. Alors que ce sont souvent eux qui occupent les métiers les plus pénibles… Quant au passage de 65 à 67 ans de l’âge de départ en retraite sans décote, il va toucher tous celles et ceux qui ont eu des carrières incomplètes pour cause d’arrêt momentané… Ils sont déjà très nombreux mais le seront encore plus dans le futur compte tenu de la précarisation du marché du travail. Enfin le refus de véritablement prendre en compte la pénibilité des tâches pénalise tous ceux, très nombreux là aussi, qui ont porté des charges lourdes, travaillé au chaud, au froid, dans le bruit ou encore de nuit…
Le pourrissement sarkozien, assimilable à de l’autisme pour Alternatives Economiques, ne peut que provoquer des affrontements majeurs.4 Pour la plus grande joie du pyromane Sarkozy. Ainsi, loin de penser aux prochaines générations, N. Sarkozy a surtout les yeux fixés sur les moyens de s’assurer sa prochaine réélection.
Et le mensuel fait lui aussi le rapprochement avec la Dame de Fer britannique: «Alternatives économiques est né il y a trente ans, en 1980, en réaction au slogan: There is no alternative, « TINA », de Margaret Thatcher, première ministre ultralibérale du Royaume-Uni. Notre projet était alors, et il l’est encore, de montrer que dans une situation donnée, il existe au contraire toujours des alternatives. Trente ans après les choses ont beaucoup changé, mais Nicolas Sarkozy nous refait le coup du TINA : pour les retraites, il n’y aurait pas d’autre choix que d’avaler la potion amère préparée par le bon docteur Woerth.» [↩]
D’autant plus, comme nous le rappelle Alternatives Economiques, que le président Sarkozy revient sur la promesse du candidat Sarkozy promettant, il y a trois ans, de ne pas toucher à la retraite à 60 ans. [↩]
«En France, Nicolas Sarkozy, qui a besoin d’un soutien populaire pour compenser son succès politique qui s’évanouit, a lancé une campagne de critiques et d’expulsions forcées contre la minorité Rom. Même certains supporters de Sarkozy ont été choqués (…) Il ne fait aucun doute que le spectacle d’un centriste comme Sarkozy1 qui joue avec les extrêmes est un signe avant-coureur de ce qui va venir.»
Et le cas de la France est loin d’être isolé. L’ensemble des Parlements européens voit des sièges tomber dans les mains des extrémistes de droite. Le dernier exemple est celui de la Suède. Pour Newsweek, ce phénomène
«représente la plus importante secousse connue par le continent depuis la fin du communisme.»
Une nouvelle preuve aussi que le continent européen -et pas seulement lui si l’on observe la montée du Tea Party aux Etats-Unis- traverse une crise politique et économique comparable à la crise des années 19302 . Sans que la gauche ne semble aujourd’hui représenter un contre-poid crédible aux yeux des citoyen-ne-s… et alors que la droite classique semble elle «contaminée» par cet extrémisme.
Parler d’un Nicolas Sarkozy centriste est des plus cocasses… aujourd’hui comme hier. [↩]
Depuis 1973, la situation économique et sociale n’a été qu’une suite de crises de différentes natures. Depuis lors, le socle incompressible de chômage n’a ainsi jamais cessé d’augmenter. [↩]
Brillante analyse de l’utilisation de l’image par le journal Le Monde à la suite des propos tenus par Nicolas Sarkozy à Grenoble.
«La lepénisation visuelle du chef de l’Etat et des responsables qui l’ont suivi dans cette surenchère populiste fournit la preuve du sentiment qu’avec le discours de Grenoble, jusque dans la frange modérée de l’opinion, une ligne jaune a été franchie.» (André Gunthert)
Post-scriptum (14.08.2010) : je constate, totalement par hasard, que ce billet est le 800e billet publié par politis.ch depuis avril 2005. J’ai vraiment pas l’impression que le monde va mieux depuis avril 2005. Ainsi, le 13 avril 2005 avais-je publié : Cette nuit, le fascisme a ouvert une porte en Suisse…
Faute d’un «traitre» diffusant à la presse le verbatim entre Roseline Bachelot, Nicolas Sarkozi et les Bleus, Denis Siffert a été contraint de l’imaginer…
La ministre : « J’en appelle à l’amour du maillot, que dis-je, au sursaut républicain ! » Le capitaine : « Oui, mais Niko n’a pas dit “enculé” ! » Domenech : « Ou, s’il l’a dit, ce n’est pas très grave puisque ça m’était adressé. » La ministre (au bord de la crise de nerfs) : « Mais, je vous parle de l’honneur de la France. » Le capitaine : « D’accord, mais il n’a pas dit “enculé”… Et, de toute façon, ça ne devait pas sortir du vestiaire. Et quand Niko a dit “Casse-toi pauv’con !”, il n’a pas été renvoyé ! » La ministre (qui explose) : « Mais, de quel “Niko” me parlez-vous ? » Sur quoi Roselyne Bachelot se lève et compose nerveusement le numéro de l’Élysée. « – Ici, Claude Guéant. – Je suis à bout ! », lui dit-elle. Mais, avant même que le conseiller ait pu trouver un mot de réconfort, le téléphone lui est arraché des mains : « Allô, c’est Niko ! »
Ce week-end a peut-être marqué le tournant tant dans la présidence de Barack Obama que dans celle de Nicolas Sarkozy. Barack Obama paraît avoir endossé sa stature présidentielle intérieure alors que, de plus en plus, ces mêmes habits paraissent trop grands pour Nicolas Sarkozy.
TechPresident (Owning the Moment | techPresident) propose cette photo de la Maison Blanche applaudissant à l’annonce du résultat du vote du Congrès sur la réforme de santé (approuvée par 219 voix à 212). Le site précise que, d’habitude, la Maison Blanche prend un certain temps avant de publier sur Flickr de telles photos. De la sorte, les photographes professionnels couvrant l’événement disposent d’une certaine préférence dans la couverture de l’actualité. Rien de tel dans le cas présent puisque cette photo était mise en ligne dix minutes après avoir été prise. Par ailleurs, le compte Twitter de Barack Obama célébrait ce vote par un unique tweet: « Yes We Can. »TechPresident souligne également le retour sur le devant de la scène d’Organizing for America pour vendre cette réforme de la santé et en tirer profit politiquement pour Barack Obama. (Voir mon précédent billet à ce propos: Dernière ligne droite pour Obama et la Réforme de Santé) Pour TechPresident:
In large part, of course, the question now becomes this bigger question of how the White House and his allies can starting « selling » the health care bill for political gain, or, in the worst case for them, to at least to preserve against losses.
De son côté Rue89(Obama et la santé : les Etats-Unis rejoignent le XXe siècle) souligne l’exploit réalisé par les Démocrates et Barack Obama d’avoir enfin réussi à offrir à sa population une couverture universelle d’assurance-maladie, même s’il ne s’agit pas d’une réforme radicale. Rue89 enchaîne avec Time Magazine pour dresser un parallèle entre Barack Obama et Franklin Roosevelt.
Pour sa part, Richard Hétu s’interroge —alors que les Républicains s’étaient promis de faire de la réforme de santé le Waterloo de Barack Obama— si ceux-ci, en adoptant des positions extrémistes, n’ont pas réussi à en faire leur propre Waterloo. Cette thèse est notamment défendue par le conservateur David Frum sur MSNBC. (Le Waterloo des républicains?).
Si les Républicains ont peut-être connu hier leur Waterloo, la Bérézina est une autre métaphore napoléonienne qui semble convenir à l’échec de l’UMP et de Nicolas Sarkozy à l’occasion des régionales de ce week-end. C’est dans tous les cas, une défaite en rase campagne. Jean-Luc Mélanchon (Front de Gauche) ne manque pas de souligner, même si comparaison n’est pas raison, que «s’il y avait des législatives ce soir, il faut savoir qu’il n’y aurait que 45 députés UMP.»
Non seulement, l’UMP n’est pas cette union à gagner de la droite en se rassemblant dès le premier tour, mais l’échec de celle-ci s’accompagne du retour inquiétant du Front National comme le souligne fort justement Jean-François Kahn sur son blog (Régionales: le coup de tonnerre lepéniste):
Pour la première fois le FN, partout où il était présent, a progressé d’un tour à l’autre. Ce qui signifie qu’il a réussi à arracher à la gauche un électorat populaire devenu viscéralement anti-sarkozyste, révolté, exaspéré, et ne veut pas pour autant voter PS. Mais qui, s’il n’a le choix qu’entre l’UMP et la gauche, est plus nombreux qu’il ne l’a jamais été à choisir la gauche. D’où le fait que le PS fait un bien meilleur score en duel qu’en triangulaire.
Jean-François Kahn en conclut que «le Front National est devenu, plus que le PS, un captateur de l’exaspération des couches les plus populaires.» Il s’inquiète aussi de la machine à fabriquer l’abstention qu’est cette Ve République sarkozienne et jacobine qui «risque à terme de tourner en attentat contre la démocratie.» On en frémit.
Crédit Photos: The White House (compte Flickr)et Time Magazine.
Le monde méditico-politique français et international bruisse depuis quelques jours de rumeurs relatives à la santé du couple présidentiel français. S’y ajoute un parfum autour de l’utilisation de Twitter dans la propagation de la rumeur et depuis hier de menaces de plaintes pénales du côté des protagonistes «touchés» par cette rumeur à savoir: le président français, son épouse, un chanteur récemment nominé et une jeune secrétaire d’Etat.
le journaliste américain Eric Pape, qui vit à Paris, attribue à des tweets de journalistes les rumeurs sur la vie amoureuse du premier couple français.
Sur son blog, Eric Pape revient aussi sur la longue histoire des infidelités du président français et plus particulièrement celle qui se noua pendant son premier mariage avec sa future deuxième épouse
Sarkozy appears to have a long history of infidelity. One of the most notorious alleged incidents was detailed in a fascinating 2008 Vanity Fair cover story on the Sarkozys’ intersection of glam, power, and sexual predation. The magazine recounted a scene wherein Nicolas Sarkozy and his first wife (and the mother of two of his children) went on a ski trip with the wife of popular French television host Jacques Martin, Cecilia. (Sarkozy, then mayor of Neuilly-sur-Seine, had performed their wedding.) When Sarkozy’s first wife couldn’t find him anywhere in the chalet, she decided to knock on Cecilia’s door. After some rustling and a long delay, an awkward Cecilia finally appeared. There was no one inside, but Sarkozy’s first wife noticed an open window and fresh footprints in the snow leading away.
Ce matin, Jean-François Kahn vient à son tour apporter sa petite musique de circonstance relativement à cette rumeur «qui circulait dans ce qu’on appelle le «tout Paris» depuis quelques semaines». (Couple Sarkozy: l’info et la rumeur mondialisées). Il conclut en trois points fort censés que les protagonistes de cette affaire devraient méditer avant de déposer plainte
Internet est à la fois un formidable instrument de dégommage des censures, de décryptage des discours officiels, de subversion des pensées uniques et d’abolition des frontières qui séparent l’information de la rumeur ;
on ne peut prendre le risque de bipolariser la vie publique et d’instrumentaliser sa vie privée sans que cela vous revienne en boomerang ;
la mondialisation débouche, aussi, sur la subversion de toutes les retenues internes par un manque total de retenues externes.
Mais les propos d’Eric Pape nous indiquent aussi que le journalisme politique français est tombé bien bas et sa volonté de trouver coupable dans les réseaux sociaux tel Twitter le rend plus pitoyable encore.
Nicolas Sarkozy ou le syndrôme Katrina. Sarkofrance décrypte l'image de Nicolas Sarkozy survolant les zones sinistrées par Xynthia en la mettant en parallèle avec celle de Georges Bush survolant alors les zones sinistrées par Katrina.
Jean-François Kahan vient sur son blog de proposer un portrait fort bien léché de Nicolas Sarkozy avec un style que ne renierait pas Patrick Rambaud dans sa fresque du règne de Nicolas Ier (voir mon billet Chronique du règne de Nicolas Ier):
Sarkozy n’est pas nul. Loin de là. Non, on ne saurait le réduire, comme certains, à une espèce de pantin dérisoire et inculte. Il a un vrai talent réactif, quasi énergétique, et un rare sens de l’appropriation de toutes les opportunités et de toutes les occasions. Comme il n’est nullement, quoi qu’on en dise, un idéologue dogmatique, mais, pour le coup, un vrai populiste bonapartiste, sans conviction contraignante, capable de transformer en passion apparemment incandescente un cynisme froid, il peut arborer tour à tour toutes les casaques, enfourcher tous les chevaux, les recruter dans toutes les écuries et les diriger vers tous les abreuvoirs en leur faisant emprunter tous les chemins de traverse pour débouler en tête sur la piste de l’hippodrome central.
Cependant, comme le fait justement remarquer un de ses commentateurs:
Il faut faire la différence entre les discours et le bilan réel. Dans ses discours il peut dire une chose et son contraire d’un mois sur l’autre, et paraitre avoir des idées malleables (c’est le moins qu’on puisse dire !).
Mais si on regarde son bilan réel, c’est à dire les lois réellement votées et appliquées, on y retrouve quoi : le paquet fiscal, les lois sécuritaires, les reconduites à la frontières et les procédures de naturalisation complexifiées. Donc un bilan réel au gout clairement idéologique.
(Yendred, commentaire no 29 du billet de J.-F. Kahn)
En ce sens-là, comme je l’indiquais après un an de règne,
Nicolas Sarkozy a montré son vrai visage: celui non pas d’un libéral, mais d’un réactionnaire que n’aurait pas renié Charles Maurras et l’Action française. Putain un an! Autopsie d’une débâcle annoncée, 4 mai 2008
Depuis 2008, la crise économique est passée par là et renforce le brouillage d’un discours sarkozien que ce dernier s’amuse à brouiller à souhait. Ainsi en est-il lorsque Nicolas Sarkozy après les ravages ces jours-ci de Xynthia prend ses airs de justicier et tonne:
Il faut qu’on s’interroge pour savoir comment en France, au XXIe siècle, des familles peuvent être surprises dans leur sommeil, mourir noyées dans leur maison. […] On ne peut pas transiger avec la sécurité. De mon point de vue, la sécurité est prioritaire.
alors que, comme le relève Rue89, moins d’un an avant ce même Nicolas Sarkozy insistait sur la nécessité de construire en zone inondable, de densifier les zones urbaines et de se libérer des contraintes de la loi Littoral et que le Sarkozy candidat de 2007 tenait déjà à assouplir la loi littoral. (Avant Xynthia, Sarkozy voulait « construire en zone inondable ».
Patrick Rambaud en est pour sa part au troisième année de sa Chronique du règne de Nicolas Ier : A la cour de Sa Compulsive Grandeur (L’Hebdo, 6 janvier 2010).