• Samedi 28 juin 2008
Ses états d’âmes provoquent une première secousse sismique chez ses deux collègues de droite Philippe Leuba et Pascal Broulis. On apprend dans le journal 24Heures du lendemain (samedi 28 juin) que Jacqueline de Quattro « chiffonne Pascal Broulis ». Et c’est Philippe Leuba, grand adversaire de Pascal Broulis lorsqu’il était député au Grand Conseil qui envoie la volée de bois vert à sa coreligionnaire prouvant un passage réussi de la position d’arbitre de football à celle d’un tennisman adepte du service/volée:
Philippe Leuba ne partage pas davantage le point de vue selon lequel le prési dent du collège aurait «un poids prépondérant»: «Pascal Broulis défend ses positions comme la plupart des conseillers d’Etat les défendent, témoigne-t-il. Il ne gagne pas plus souvent qu’un autre. S’il a un rôle un peu différent, ce n’est pas dû à son statut de président, mais à sa qualité de chef du Département des finances qui implique une fonction très transversale. Pascal Broulis ne domine pas, il facilite le fonctionnement du Conseil d’Etat. Il a cette faculté de mettre de l’huile dans les rouages, d’éviter que les fronts ne se crispent trop facilement.»
De quoi rêver, non? Sauf évidemment que le retour sur terre (battue?) est quelque peu brutal pour Madame la Conseillère d’Etat. Si cette dernière escomptait le soutien de la droite du Conseil d’Etat, c’est râté. D’autant que Jean-Claude Mermoud reste lui muet comme une carpe. Prise les pieds dans le tatami, elle essaie de corriger le tir dans 24Heures:
Je dis juste que c’est un gouvernement bien équilibré et que les majorités ne sont pas automatiquement de droite. Il m’arrive par exemple de voter pour un projet défendu par Pierre- Yves Maillard et je l’assume parfaitement.»
Mais comme Raphaël Nadal, Philippe Leuba ne lui laisse pas le temps de reprendre son souffle qu’il confirme son break d’avance:
Philippe Leuba, lui, trouve que la balance penche du bon côté: «Dans le domaine de la fiscalité par exemple, c’est clairement une politique de droite qui est mise en place par le gouvernement.»
Ce en quoi, j’ai de la peine à lui donner tort… Pascal Broulis lui peut dormir tranquille, il n’a pas eu besoin de monter au filet, ni même sur le court.
Tout le monde part ensuite en week-end. Ràs le lundi. Les météorologues prévoient alors un temps légèrement couvert avec quelques éclaircies pour les jours suivants. Mais patatras, de la station de Cointrin, ce n’est pas seulement un avis de gros temps, mais une perturbation qui met le nez à la fenêtre lorsque Le Courrier de Genève, La Liberté et Le Régional agitent conjointement un falot tempête en lançant
un nouveau pavé dans la mare du microcosme politique vaudois. Conseillère d’Etat et avocate, Jacqueline de Quattro a fait annuler deux amendes de stationnement qu’elle a reçues à Clarens dans le courant de l’année, alors qu’elle passait la nuit chez son compagnon. Deux montants de 40 francs. La magistrate a utilisé une autorisation de stationnement dans un cadre privé.
La ministre radicale, ancienne municipale de La Tour-de-Peilz, se base sur son bon droit, faisant valoir une facilité accordée aux conseillers d’Etat, au chancelier et au vice-chancelier. Cet avantage date de mai 1990, quand la présidence de l’Association des chefs des polices municipales vaudoises (ACPMV) avait décidé d’étendre une autorisation de parcage dite «Carte A.C.», délivrée par la ville de Lausanne aux principales communes du canton.
Exonérée d’un abus de pouvoir —mais certainement moralement écornée par une partie de l’opinion publique qui n’apprécie guère ce genre de procédés—, voici la Conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro très clairement placée sur la défensive. Preuve en est que la communication est assurée par le Chancelier de l’Etat de Vaud, Vincent Grandjean et que Mme de Quattro s’enferme dans le mutisme. Reste à savoir à qui profite le dernier épisode de cette saga.
Qui pourrait tirer profit de ce dernier incident?
Pour mesurer qui pourrait tirer profit de ce dernier incident, il nous faut revenir en arrière et à un autre passage de cet interview accordée au journal Le Temps (voir notre billet Jacqueline de Quattro et la réforme policière vaudoise). Dans ce passage, Mme de Quattro affirme très clairement que désormais le politique reprenait la main sur le dossier de la réforme policière vaudoise:
c’est politique, c’est moi qui décide. Cela ne leur a pas fait plaisir [aux policiers]. Je souhaite, dans le cadre de la plateforme canton-commune, arriver à un accord qui serait une première depuis quinze ans.
Elle y souhaite même qu’une fois cet accord conclu, les initiants de l’initiative d’Artagnan retirent cette dernière.
Sûr que ces propos n’ont pas fait plaisir à tout le monde à l’interne. De là l’intérêt de lâcher ce type d’informations pour la placer l’intéressée dans l’embarras et sur la défensive? J’espère que non, mais l’exemple neuchâtelois et des fuites policières relativement à Mme Valérie Garbani m’incitent à la prudence. Et à la circonspection.