Un gouverneur démocrate et un commentateur républicain ont publié récemment chacun un article sur l’hypothèse d’un ticket Barack Obama – Hillary Clinton en 2012. Pour l’un, c’est LA personne idéale pour Barack Obama, pour l’autre non. Pour les deux, Joe Biden n’est pas/plus la personne adéquate.
Ce billet nous rappelle aussi que les manœuvres pour la campagne 2012 commenceront dès la fin des élections du mid-term de novembre de cette année…
Dimanche 24 août 2008, très rapidement après la désignation de Joe Biden comme colistier de Barack Obama, John McCain faisait paraître cette publicité où il s’interrogeait sur le fait qu’Hillary Clinton n’ait pas été désignée pour accompagner Barack Obama sur le ticket démocrate et insinuait que c’était parce que Hillary Clinton avait dit des vérités dérangeantes concernant le candidat démocrate:
Lundi 25 août 2008, Hillary Clinton a répondu sur son espace youtube* à John McCain:
« Now I understand that the McCain campaign is running ads trying to divide us and let me state what I think about their tactics and these ads: I am Hillary Clinton and I do not approve that message. »
Ainsi avec son annonce, il se pourrait bien que John McCain ait rendu un fier service à Barack Obama, car une des dernières inconnues dans le camp démocrate résidait dans l’attitude qu’allait adopter Hillary Clinton lors de la convention et dans la campagne de l’élection de novembre. Désormais cette incertitude semble levée et l’opiniâtreté d’Hillary Clinton dans les primaires démocrates pour triompher de Barack Obama a toutes les chances de se reporter contre John McCain.
* et a immédiatement répercuté la publication de sa vidéo, via son Twitter.
So today, I am standing with Senator Obama to say: Yes we can.
Hillary Clinton
Depuis mardi passé, il était clair qu’Hillary Clinton aurait à s’effacer au profit de Barack Obama. Depuis mardi, ce retrait a été effectué par étapes jusqu’à ce discours prononcé au National Building Museum de Washington devant 10’000 supporters:
Le texte intégral de son discours est disponible ici.
Dans le prolongement de ce discours, Barack Obama a indiqué, samedi 7 juin, qu’il avait hâte de faire campagne aux côtés de Hillary Clinton qui représente une valeur « inestimable » pour gagner l’élection présidentielle en novembre.« La sénatrice Clinton sera d’une valeur inestimable pour nous aider à gagner en novembre et j’ai hâte de faire campagne à ses côtés pour apporter au pays les changements dont il a éperdument besoin », a dit M. Obama dans un email adressé à ses partisans. (Source: Le Monde)
Par ailleurs et généralement, le mode de scrutin par grands électeurs incite les candidats à l’élection présidentielle américaine à concentrer leur force et leur campagne sur les swing states, c’est-à-dire ces états susceptibles de basculer d’un côté comme de l’autre sur le candidat démocrate ou républicain. En effet, un fois un Etat gagné, c’est l’ensemble des grands électeurs de cet état qui reviennent au candidat arrivé en tête (à l’exception toutefois du Maine et du Nebraska). C’est, sans surprise le choix effectué par l’équipe de campagne de John McCain et, dans la vidéo suivante, Rick Davis, directeur de campagne, présente les axes de cette campagne en mettant en avant un parti républicain affaibli comme jamais et un candidat McCain qui bénéficie en revanche d’une image très bonne auprès des Américains:
Or, de son côté et à nouveau, Barack Obama semble vouloir innover en la matière et il aurait déjà établi une stratégie électorale qui inclut une forte présence dans des états dits «rouges». Suite à la forte mobilisation – historique – lors de la campagne des primaires, Barack Obama cherche à transformer la machine des primaires en machine électorale présidentielle et compte rallier dans le camp démocrate des états traditionnellement républicains. Ainsi ses premiers déplacements seront dans des états comme la Caroline du Nord, un état qui a voté «rouge» depuis plus de 32 ans, le Missouri ou la Virginie, ce dernier état ayant été «rouge» depuis 44 ans (Source: Les états mauves et la stratégie d’Obama). Certainement aussi que sa formidable mécanique à lever des fonds pour la campagne explique également le choix de cette stratégie.
Assisterait-on à la traduction en politique et à l’élection présidentielle américaine du concept de «guerre totale»? Jusqu’à cette élection de 2008, une telle stratégie relevait de l’utopie en raison des moyens financiers et humains colossaux nécessaires pour mener une telle campagne. La campagne des primaires démocrates et l’arrivée à maturité de l’utilisation des moyens issus de l’Internet ont peut-être changé ces règles du jeux. Ainsi, dans ces primaires, les Démocrates ont réussi, pour la première fois à lever plus de fonds et à réunir plus d’électeurs que les Républicains. Dans tous les cas de figure, la stratégie de Barack Obama correspondrait alors à:
changer les règles du jeux et définir ses règles du jeu;
placer John McCain sur la défensive;
l’étrangler financièrement;
déplacer, voire dépasser, les frontières républicain/démocrate.
Ces prochains jours, un premier élément à suivre résidera dans l’impact du discours de retrait d’Hillary Clinton dans les mesures d’opinion. 3 à 4% de plus dans les intentions de vote pour Barack Obama serait des plus encourageants pour le camp démocrate. A moins l’élection présidentielle de novembre sera très difficile à gagner pour Barack Obama. A suivre donc…
Ces derniers jours les médias américains et francophones ont beaucoup parlé du spot d’Hillary Clinton axant sa campagne sur la peur et s’inspirant très largement des deux campagnes présidentiels de Georges W. Bush. Je parle bien entendu de la vidéo « Kitchen »:
Après la vidéo « Children (it’s three AM) », le staff de Hillary Clinton a encore grimpé d’un cran dans l’échelle du clip politique qui fait peur. Diffusé le 21 avril, la veille du vote des délégués de Pennsylvanie, « Kitchen » (allusion à une citation de Harry Truman: “If you can’t stand the heat, get out of the kitchen”; “Si tu ne supportes pas la chaleur, ne reste pas dans la cuisine”) accumule images de guerre et de pompes à essence dans le plus grand désordre mental, sur une musique façon « L’Etoffe des héros ». On croirait une annonce pour un programme de Fox News.
Elle n’honore certes pas Hillary Clinton. Dans le même temps, si Obama ne s’en sort pas face à ce type de campagne négative, il n’aura aucune chance en novembre. En même temps, s’il se sort bien de ce type d’attaques dans les primaires démocrates, il privera de munitions les Républicains puisqu’il pourra toujours parler de réchauffé…
Pour comprendre le principe des publicités négatives utilisée dans les campagnes américaines, la démarche parodique de l’équipe de Slate est également éclairante (Attacking Barack With the Boss) pour que nous puissions imaginer ce qui attend Barack Obama ces prochaines semaines et prochains mois. A cela s’ajoute la particularité et les possibilités offertes par le multimédia à la portée de tous et l’utilisation d’un réseau comme YouTube dans le genre de publicité «virale». Cette vidéo parodique* associe donc de manière particulière Bruce Springsteen et Barack Obama. En effet, le Boss a adoubé dernièrement Barack Obama lors de la campagne de Pennsylvanie, via une lettre de soutien de Springsteen publiée sur son site.
La publicité réalisée par Slate décline le thème de campagne apparu après les propos pour le moins ambigus de Barack Obama depuis San Francisco à l’égard de la classe moyenne américaine. La présentation de Slate:
Bruce Springsteen has come out for Barack Obama. You might think the working-class rocker’s endorsement is the perfect tonic for those « bitter » fumes engulfing Obama, following his recent ill-chosen remarks about small-town America. Certainly the timing seems great, with a critical primary in blue-collar Pennsylvania just days away.
Or, if you’re Hillary Clinton, you might try to turn the Boss’ show of support for Obama into a big fat negative. Slate V imagines what the attack might look like.
Dans le clip, des extraits de chanson de Bruce Springsteen sont repris. Sortis de leur contexte, ceux-ci donnent à penser que The Boss aurait les mêmes préjugés négatifs que B. Obama et ne serait en plus que le défenseur d’une Amérique de loosers. Le syllogisme sous-entendu est assez clair : si le Boss ne soutien que des loosers alors Barack Obama est un looser. Les deux font fausse route.
Dans l’histoire, le pire réside dans le fait que, sortie du site et du contexte de présentation de Slate, très peu de chose la distingue d’une publicité de campagne, réalisée et payée par un groupe de soutien à Hillary Clinton.** La confusion est donc totale. Et là elle dessert les deux candidats au plus grand profit des Républicains.
Décidément « It’s a brave new world ».***
* mais pas autant que cela, car sortie de son contexte et publiée sans précaution sur un blog, on jurait effectivement une publicité de campagne diffusée par un comité de soutien à Hillary Clinton.
** Seul le portrait de Céline Dion insinue un certain doute, mais comme c’est une de ses chansons qui est une des chansons présidant aux meetings d’Hillary Clinton…
*** Titre anglais du livre d’Aldous Huxley, Le meilleur des mondes.
Hillary Clinton a joué la métaphore de Rocky Balboa durant la campagne de Pennsylvanie, y compris lors de son discours de victoire après les résultats de cet Etat. Ces primaires de Pennsylvanie représentait bien pour elle un « vaincre ou mourir ». Barack Obama l’avait bien compris et a jeté passablement de ses forces financières pour tenter de la mettre K.O. par l’argent. Dépité et défait avant les résultats, il est déjà parti pour l’Indiana.
De ce «vaincre ou mourir clintonien», c’est l’ode de Jethro Tull qui s’est imposé dans le cas présent à mon esprit pour symboliser tant la campagne que le résultat et pour changer de l’ambiance lourde flottant durant cette campagne et sur le parti démocrate. En plus, cet hymne au Rock ‘n’ Roll n’est pas sans référence à cette classe moyenne et à ses cols bleus américains qui tirent actuellement la langue. Et qui semble dans cet Etat préférer Hillary Clinton à Barack Obama. Peut-être parce qu’elle est celle qui est le moins le mal à l’aise des deux quand il s’agit d’aller boire une bière au comptoir ou jouer au bowling.
Alors musique:
Too Old to Rock ‘n’ Roll: Too Young to Die
The old Rocker wore his hair too long,
wore his trouser cuffs too tight.
Unfashionable to the end --- drank his ale too light.
Death's head belt buckle --- yesterday's dreams ---
the transport caf' prophet of doom.
Ringing no change in his double-sewn seams
in his post-war-babe gloom.
Now he's too old to Rock'n'Roll but he's too young to die.
He once owned a Harley Davidson and a Triumph Bonneville.
Counted his friends in burned-out spark plugs
and prays that he always will.
But he's the last of the blue blood greaser boys
all of his mates are doing time:
married with three kids up by the ring road
sold their souls straight down the line.
And some of them own little sports cars
and meet at the tennis club do's.
For drinks on a Sunday --- work on Monday.
They've thrown away their blue suede shoes.
Now they're too old to Rock'n'Roll and they're too young to die.
So the old Rocker gets out his bike
to make a ton before he takes his leave.
Up on the A1 by Scotch Corner
just like it used to be.
And as he flies --- tears in his eyes ---
his wind-whipped words echo the final take
and he hits the trunk road doing around 120
with no room left to brake.
And he was too old to Rock'n'Roll but he was too young to die.
No, you're never too old to Rock'n'Roll if you're too young to die.
L’arbre de décision réalisé ci-dessous à partir de l’analyse des précédentes primaires vous permettra très rapidement de saisir la composition des votants supportant soit Barack Obama, soit Hillary Clinton dans la primaire démocrate.
Vous constaterez alors que
Barack Obama a le soutien de la communauté noire;
plus les gens sont modestes et peu éduqués, plus ils votent pour Hillary Clinton;
plus les gens sont riches et bien éduqués, plus ils votent pour Barack Obama;
que le Nord et le Sud du pays préfèrent Hillary Clinton;
que l’Ouest et le MidWest préfèrent eux Barack Obama;
que le vote Obama est un vote urbain et que le vote Hillary est un vote rural.
A vous de consulter maintenant à la page suivante cet arbre de décision. Peut-être ferez-vous d’autres découvertes ou observations. Si tel est le cas ne manquez pas de le faire savoir!
Décidément l’imagination est au pouvoir avec le net dans la campagne présidentielle américaine de 2008. L’utilisation de youtube est également un phénomène à la fois de masse et créatif. La vidéo sur le net fait aussi exploser les règles de la télévision ordinaire. Qui aurait dit à l’ère du clip vidéo que le récent discours de Barack Obama (A More Perfect Union) sur les relations entre les communautés « raciales » d’une durée de près de 40 minutes serait regardé par autant de personnes soit à cette heure 3’514’133 personnes?
Voilà maintenant un superbe montage en relation avec la crise économique américaine, monté comme un trailer de film à grand spectacle:
Eblouissant, ébouriffant et imaginatif, n’est-il pas? Peut-être que son/ses auteur(s) font des fautes d’orthographe à l’écrit ou pas, mais dans tous les cas, ils maîtrisent le langage cinématographique et médiatique de 2008!
Ce qui me frappe dans cette campagne des primaires démocrates américaines, c’est l’extrême «fluidité» de la campagne. Elle est toujours en mouvement. Impossible pour un candidat de rester toujours sur la même ligne, car d’un moment à l’autre le vent peut tourner et la ligne se briser.
Pourtant, après 11 victoires de rang, Barack Obama semblait avoir trouvé une ligne de conduite que son adversaire, Hillary Clinton, tentait en vain d’ébrécher. Puis, les lignes se sont mis imperceptiblement à bouger de nouveau. Tout d’abord, l’argument que Barack Obama jouissait d’un traitement de faveur de la part des médias et des médias qui, pour se dédouaner, modifient leurs angles d’attaque. Ensuite, la vidéo présentée dans mon dernier billet « Qui sera le meilleur président à trois heures du matin? »:
Cette fois-ci, l’attaque porte d’autant mieux que, à mon avis, Barack Obama réplique via un détournement de cette même vidéo, détournement certes bien fait, mais qui entre en même temps dans le jeu et la thématique de l’adversaire. Ce faisant l’équipe de campagne d’Obama infère que cette question est légitime, qu’il doit prouver quelque chose et… il perd la main. Son style de campagne également puisque ses stratèges indiquent vouloir désormais aussi se placer sur le terrain des attaques personnelles après ses défaites de l’Ohio et du Texas. Il devient ainsi ordinaire et perd sa marque de fabrique. La pente devient savonneuse pour B. Obama. D’autant plus que, probablement, il avait axé sa campagne pour décocher ce mardi le k.o. final, car plus la campagne durera plus sa position va se fragiliser et l’effet «nouveauté» s’effilocher pour se banaliser.
De son côté, Hillary Clinton is back et reprend l’offensive. Elle a la niak:
L’objectif? dicter le tempo. Elle prend surtout en compte le fait que la campagne des primaires démocrates ne débouchera pas sur un vainqueur avant la convention du mois d’août. L’enjeu, c’est bien sûr les superdélégués, mais aussi la mise sur un seul rang du parti démocrate. Donc, la question des supporters du candidat-e non retenu comme tête de liste. Les démocrates ne pourront gagner qu’en évitant leur démobilisation. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la dernière sortie d’Hillary Clinton se déclarant favorable à un ticket regroupant les deux finalistes démocrates. Il est clair que Barack Obama ne peut se résoudre à cette issue, car il n’est pas concevable qu’Hillary Clinton soit en second sur le ticket après avoir été la First Lady.
Plus les primaires dureront, plus la pression sera forte sur Barack Obama pour qu’il accepte la deuxième place sur le ticket. D’autant plus que les Républicains vont aussi tirer à vue sur B. Obama. Ainsi, parallèlement, il servira de contre-feux pour Hillary Clinton…
PS: avant le début des primaires, Bill Clinton avait pronostiqué que le plus dur pour Hillary Clinton serait d’obtenir l’investiture démocrate alors que ce serait plus facile pour l’élection de novembre. Pour la première partie de la prédiction, il a bon…