Pour sauver l'UBS, Hans-Rudolph Merz prêt à liquider la Suisse

Après avoir précipité la Suisse dans la récession, notre brave Hans-Rudolph Merz, président de la Confédération en exercice [1] est prêt à nous liquider définitivement de la scène internationale —voire tout court— en bon petit soldat à la botte de l’UBS, des banques et des milieux économiques. [2]

Ainsi, alors que la Suisse a absolument besoin d’un accord avec les Etats-Unis en signe concret de sa bonne volonté à l’égard des mesures prises par le G20, Hans-Rudolph Merz n’a rien réussi de mieux que de lier ce nouvel accord fiscal avec les Etats-Unis à un retrait de la procédure américaine lancée contre l’UBS. La réaction américaine ne s’est pas faite attendre et c’est un euphémisme de dire que

Ce mélange des genres entre les intérêts de la Suisse et ceux d’une banque privée passe mal dans les couloirs de la Maison Blanche. Et ce week-end la presse américaine s’est fait l’écho en proposant de rejeter le « deal ».
Source: La « fusion » Suisse – UBS

C’est peut-être le dernier moment de rappeler que le parti radical est à la base de la Suisse moderne, née en 1848. Son dernier représentant élu risque bien à ce rythme-là d’en être le dernier tout court et, après l’avoir créée, le parti radical risque bien de faire disparaître la Suisse en même temps que lui. Mais pouvait-on espérer autre chose de ce conseiller fédéral élu pour montrer à la population suisse la supériorité des managers de l’économie sur les politiciens traditionnels?

Il faut dire que c’est une tradition radicale de nous proposer des Conseillers fédéraux incapables d’endosser le costume d’homme d’Etat en temps de crise. Souvenez-vous du grounding de Swissair avec dans le costume du chef de cabine, made in Conseil fédéral, Kaspar Villiger, venu lui aussi apporter toute ses qualités de chefs d’entreprise à la tête de notre pays.

Désormais Kaspar Villiger et Hans-Rudolph Merz forment un magnifique numéro de duettistes radicaux. L’un à la tête de l’UBS et l’autre dans le rôle de son laquet.

Et je doute que le superman valaisan —que son canton préfère laisser à Berne que de le voir revenir en Valais—et sa fiole de cassis de Dijon disposent en la matière de l’arme absolue pour nous sortir de la gonfle. De même que le Conseiller fédéral Canada Dry by Christophe B. plus préoccupé de repartir dans le trip de la commémoration de la Mob’ [3] que d’affronter les vrais défis de ce début de 21e siècle.

S’il est des femmes/hommes politiques qui vivent leur regard fixé sur leur prochaine élection, il n’en est que de rares leur préférant le devenir des générations futures. Ceux-ci et celles-ci portent le nom de femme ou d’homme d’Etat. J’ai la faiblesse de penser qu’un Christian Levrat ou un Pierre-Yves Maillard sont faits de ce bois. Pour la droite de ce pays, il lui reste à passer une annonce dans la presse internationale:

«Partis ayant trop longtemps confondus leurs intérêts personnels à l’intérêt de l’Etat et des citoyen-ne-s cherchent désespérément femme ou homme d’Etat capables d’en endosser véritablement le costume. Faire offre sous chiffres.»

Notes:
  1. «Dieu quelle catastrophe!»
  2. Il traduit ainsi à la sauce helvétique ce fameux slogan de Charles Wilson, président de General Motors: «Ce qui est bon pour la General Motors est bon pour l’Amérique.» Aujourd’hui nous savons où cela mène un pays dont la seule raison d’être consiste à être à leur botte. Seul Hans-Rudolph Merz feindrait-il de l’ignorer?
  3. Pour rappel, la commémoration de la Mob’ en 1989 avait été capable de présenter la Suisse sous la forme d’une place de village alors que plus de 50% de la population de cette époque vivait déjà en milieu urbain.

Hans-Rudolph Merz précipite la Suisse dans la récession

Hans Arp mit dem Nabel-Monokel, 1928 (Fotograf unbekannt) © Stifung Hans Arp und Sophie Taeuber-Arp e.V.

Hans Arp mit dem Nabel-Monokel, 1928 (Fotograf unbekannt) © Stifung Hans Arp und Sophie Taeuber-Arp e.V.

La confiance était le mot-clé, hypnotique de Hans-Rudolph Merz en présentant ses voeux pour 2009 et en répondant aux journalistes de la TSR. La méthode Coué comme étendard et comme remède à la crise. J’émettais mes doutes sur la méthode et les chiffres du chômage, publiés le lendemain, projettaient déjà l’ombre du doute sur les résultats des remèdes du bon Dr Merz.
Hier soir, au Conseil communal, j’avais les preuves de l’échec de ce discours au sein même des troupes de notre brave Président lorsqu’une conseillère libérale venait demander si la commune ressentait déjà les effets de la crise et s’il ne fallait pas anticiper certains investissements pour soutenir les entreprises.
En rentrant, je lis sur le site du journal Le Temps que l’industrie d’exportation était totalement désarmée et que les patrons demandaient des mesures ciblées (Les patrons veulent des mesures ciblées).

Commentant le deuxième plan de relance en deux mois —et alors que début janvier le même Hans-Rudolph Merz estimait les mesures prises largement suffisantes en l’état actuel, car la situation était sous contrôle et que nous faisions mieux que nos voisins (ce fameux Sonderfall…)— ce même journal Le Temps jaugeait en édito ce deuxième programme comme insuffisant et manquant cruellement d’ambition (L’éditorial: «Manque d’ambition»).

C’est peu dire que les milieux économiques paniquent. Après avoir suranticipé la crise en licenciant à fin 2008 de manière préventive —et donc appelé au loup—, les voici cherchant l’abri vers papa Etat.

Décidément le néolibéralisme n’est bon que pour les salariés! D’autant qu’à côté des mesures (insuffisantes) de relance à 700 millions de francs, ce même bon docteur initie un plan d’économie de 600 millions de francs (1) . Au final, notre brave docteur pense pouvoir nous sortir de la gonfle en mettant 100 francs par Suisse sur la table… tout en la rabotant. (Alain Hubler: Je vous ai apporté des bonbons)

La Suisse joue donc petit bras, aveuglé par son idéologie libérale, alors que l’ensemble des pays industrialisés ou émergents ont mis leur œillères idéologiques au placard devant la gravité de la situation ainsi que le souligne le très marxisant Michel Lagier, chef économiste chez la banque Rothschild, en comparant le plan suisse:

«Comparé à ce qui est fait à l’étranger, le plan suisse est à peine visible, tardif, et flou. Il ne devrait pas avoir d’impact notable. Les investissements représentent 0,2% du PIB national, contre 1,5% en Europe, 4 à 5% aux Etats-Unis et 15% en Chine.» («A peine visible de l’étranger»)

Engrangez bien les «peanuts» d’Hans-Rudolph Merz, car vous devrez les découper très, très finement si vous comptez traverser cette crise en leur compagnie.

(1) Allez on lance les paris sur ceux qui devront se serrer la ceinture…

Crisis? What Crisis?

Dorothea Lange, Mère migrante (Migrant Mother), 1936

Dorothea Lange, Mère migrante (Migrant Mother), 1936

Marcel Gauchet: «Le communisme rendait fou, le néolibéralisme rend stupide» (vendredi 30 janvier 2009)

Intervenant lors d’une conférence à l’école des Hautes études en sciences sociales (Ehess) sur le thème « la crise financière : une approche politique », Marcel Gauchet est revenu sur la portée politique de la crise actuelle. Le site Marianne.fr a rendu compte de ses propos. Morceaux choisis:

  • les responsables actuels ne veulent fondamentalement rien changer: «il est d’ailleurs assez clair que la plupart des responsables de toutes obédiences attendent que cela passe et sont bien décidés à recommencer comme par devant dès que l’orage sera passé, après quelques concessions inévitables mais limitées sur le chapitre de la fameuse régulation».
  • Une crise qui remet en question la philosophie de la construction européenne: « La crise met manifestement en question toute la philosophie de la construction européenne telle qu’elle s’est redéfinie dans les années 80. L’urgence, le travail de pompier où en sont les dirigeants politiques impliquent de passer par d’autres canaux. Cette crise met en échec toute la philosophie de la gouvernance dont se gargarisait nos élites. Nous n’en sommes qu’au tout début d’une remise en question globale ».
  • La politique est l’otage des financiers: « Il faut tordre le coup à un canard journalistique: «cette crise marquerait un retour du politique ! Il n’y a aucun retour du politique. Le politique a été pris en otage par les financiers qui sont venus lui mettre le marché en main : on saute tous ou vous faites quelque chose. Et ce quelqu’en soit le prix. On voit que le prix augmente tous les jours…Nous avons assisté à un appel au secours désespéré du politique, cela n’a rien à voir à un retour du politique».
  • Un moment idéologique intense: «nous sommes dans un moment idéologique intense dont la mise en place de cette économie financière globale a été l’un des vecteurs efficaces. Mais aussi un entraîneur idéologique. Cette idéologie a l’étrange propriété de ne pas se prendre pour telle car elle est très largement partagée et qu’elle entretient un rapport direct avec la pratique économique qui en dissimule les rouages. […] Nous sommes passés du régime idéologique de la folie au régime idéologique de la bêtise ! Le communisme rendait fou, mais le néolibéralisme rend stupide ! ».

Marcel Gauchet: «Le communisme rendait fou, le néolibéralisme rend stupide» Lire la suite