Propos de crise (7): au règne de la confusion

La lecture des dépêches du journal Le Monde témoigne de l’état de confusion dans lequel, à mon avis, nous vivons aujourd’hui. Les événements nous ballottent.

Les cartes de crédit: une bombe à retardement
Sans être la panique, les principales banques émettrices de cartes de crédit aux Etats-Unis sont inquiètes : toute aggravation de la situation pourrait enclencher une explosion de ce marché. Ici encore, ce sont les banques elles-mêmes qui sont les auteurs de leur propre misère.

Pour estimer le sérieux de la situation, il faut comprendre le rôle des cartes de crédit dans le financement des consommateurs américains. Là où en Europe, il existe une panoplie de crédits à la consommation, les banques américaines ont regroupé un ensemble de crédits sous forme de découverts sur les cartes de crédit. C’est infiniment plus lucratif. […]

Rebond des places financières mondiales
Mardi 10 mars, la Bourse de Paris poursuit son ascension, le CAC 40 prenant 3,22 %, à 2 600,46 points à 15 h 15, dopé par l’envol des valeurs financières et le fort rebond de Wall Street. Le marché parisien a connu, ces derniers jours, trois séances de baisse consécutives. […]

Lourde chute de la production industrielle française en janvier
C’est une lourde chute pour la production industrielle française. Au mois de janvier 2009, elle a baissé de 3,1 %, pour revenir à son niveau de 1997. C’est le cinquième mois consécutif de baisse et le recul le plus important depuis octobre. Les économistes prévoyaient en moyenne un repli limité à 0,9 %. La nouvelle amène les experts à revoir déjà en baisse leurs anticipations pour le produit intérieur brut au premier trimestre. Le PIB s’est contracté de 1,2 % au quatrième trimestre, sa plus forte baisse depuis 1974. […]

Hier, sur tsrinfo.ch, la juxtaposition de l’article du jour consacré à la nouvelle hausse du chômage (Le chômage continue de grimper en Suisse), de l’évaluation de la situation par le Seco (Secrétariat de l’économie) et de l’interview donné un mois plus tôt par Serge Gaillard (Le chômage est en hausse en Suisse, interview de Serge Gaillard, chef division du travail au SECO – 6 février 2009, 12:45 Le Journal [02:22 min.]) mettait également en évidence ce ballottage général.

Plus cruelle encore était la mise en relation des propos tenus par Serge Gaillard en 2009 à la lumière de ceux qu’il tenait en janvier 2007: Le chômage devrait baisser à 2% d’ici 2010, selon Serge Gaillard, futur chef de la Direction du Seco:

La haute conjoncture actuelle devrait faire baisser le taux de chômage en Suisse à moins de 2% d’ici 2010, selon Serge Gaillard, futur chef de la Direction du travail du Seco. Il table sur la création de 30’000 emplois en 2007. En décembre et en moyenne de 2006, le taux de chômage en Suisse s’est inscrit à 3,3%. Et le pays compte de nombreuses personnes qui cherchent un emploi et beaucoup d’employés à temps partiel, surtout des femmes, qui aimerait travailler plus, souligne Serge Gaillard. L’actuel chef économiste de l’USS a tenu ces propos dans un entretien à paraître jeudi dans le magazine « Facts ».

Depuis quelques années, mêmes les prévisions météos ont gagné en précision et nous soumettent moins aux aléas du temps que les prévisions des économistes à ceux de l’économie.

Propos de crise (6) : Europe et Chine

A lire plus particulièrement, dans son numéro du mois de mars 2009, deux articles du mensuel économique Alternatives Economiques.

Le premier article s’intitule L’Europe malade de la crise. Pour Sandra Moatti, Guillaume Duval, la crise montre à quel point les structures de l’Union européenne sont inadaptées pour permettre une coopération efficace sur le plan économique. En effet,

privée d’un budget fédéral digne de ce nom, l’Union reste avant tout un grand marché avec des règles du jeu communes en matière d’aides et de déficits publics. Face à la crise, ces règles ont été de facto mises entre parenthèses par les différents Etats. Mais l’anomie qui en résulte débouche inévitablement sur de nombreux clashs. De quoi menacer le marché unique dans son existence même.

L’Europe saura-t-elle s’inventer des mécanismes de solidarité nouveaux qu’exige la crise? Plus largement l’avenir de l’Europe se joue aujourd’hui.

Pour sa part, Jean-François Bayart (chercheur au CNRS) s’attarde sur le cas chinois. Souvent présentée comme le nouvel acteur phare de l’économie mondiale devant progressivement supplanter ou du moins faire jeu égal avec les Etats-Unis dans un remake de la transition Grande-Bretagne/Etats-Unis de l’entre-deux-guerres, le miracle chinois est-il en péril?
Jean-François Bayart note une inversion de l’exode rural puisque près de 20 millions d’ouvriers migrants installés dans les villes seraient déjà rentrés au village. Ce serait le signe que la crise mondiale a fini par atteindre la Chine et

Ce début d’inversion de l’exode rural fait à nouveau se demander si la « Chine bleue » de la côte sera en mesure d’absorber l’énorme « Chine jaune » de l’hinterland.

La crise fera-t-elle éclater au grand jour des contradictions irréconciliables du système chinois? D’autant que le miracle économique chinois reste en trompe-l’oeil notamment en raison de sa dépendance à l’égard des Etats-Unis et plus largement du système financier international. La Chine devra-t-elle se doter d’un système bancaire et financier correspondant aux normes capitalistes internationales pour résoudre ses contradictions et se hisser dans la cour des grands? Ou sera-t-elle rattrapée par une intensification des troubles sociaux qui agitent de manière récurrente les campagnes? Sans parler du coût environnemental généré par le développement de la classe moyenne et de l’adoption d’un mode de consommation occidental.

Bref tout cela nous indique que nous sommes loin d’être sorti du sable.