Scenes from the recession (mercredi 18 mars 2009)

Peut-être que parmi ce choix de photos de Big Pictures, l’une d’entre elles deviendra LA photo emblématique de la crise actuelle. Qui sait?
Légende: A homeless resident of a tent city in Sacramento, California wears an American flag jacket on March 10, 2009. This tent city of the homeless is seeing an increase in population as the economy worsens, as more people join the ranks of the unemployed and as homes slip into foreclosure. (Justin Sullivan/Getty Images)
Scenes from the recession – The Big Picture – Boston.com
Propos de crise (7): au règne de la confusion (mardi 10 mars 2009)
La lecture des dépêches du journal Le Monde témoigne de l’état de confusion dans lequel, à mon avis, nous vivons aujourd’hui. Les événements nous ballottent.
Les cartes de crédit: une bombe à retardement
Sans être la panique, les principales banques émettrices de cartes de crédit aux Etats-Unis sont inquiètes : toute aggravation de la situation pourrait enclencher une explosion de ce marché. Ici encore, ce sont les banques elles-mêmes qui sont les auteurs de leur propre misère.
Pour estimer le sérieux de la situation, il faut comprendre le rôle des cartes de crédit dans le financement des consommateurs américains. Là où en Europe, il existe une panoplie de crédits à la consommation, les banques américaines ont regroupé un ensemble de crédits sous forme de découverts sur les cartes de crédit. C’est infiniment plus lucratif. […]
Rebond des places financières mondiales
Mardi 10 mars, la Bourse de Paris poursuit son ascension, le CAC 40 prenant 3,22 %, à 2 600,46 points à 15 h 15, dopé par l’envol des valeurs financières et le fort rebond de Wall Street. Le marché parisien a connu, ces derniers jours, trois séances de baisse consécutives. […]
Lourde chute de la production industrielle française en janvier
C’est une lourde chute pour la production industrielle française. Au mois de janvier 2009, elle a baissé de 3,1 %, pour revenir à son niveau de 1997. C’est le cinquième mois consécutif de baisse et le recul le plus important depuis octobre. Les économistes prévoyaient en moyenne un repli limité à 0,9 %. La nouvelle amène les experts à revoir déjà en baisse leurs anticipations pour le produit intérieur brut au premier trimestre. Le PIB s’est contracté de 1,2 % au quatrième trimestre, sa plus forte baisse depuis 1974. […]
Hier, sur tsrinfo.ch, la juxtaposition de l’article du jour consacré à la nouvelle hausse du chômage (Le chômage continue de grimper en Suisse), de l’évaluation de la situation par le Seco (Secrétariat de l’économie) et de l’interview donné un mois plus tôt par Serge Gaillard (Le chômage est en hausse en Suisse, interview de Serge Gaillard, chef division du travail au SECO – 6 février 2009, 12:45 Le Journal [02:22 min.]) mettait également en évidence ce ballottage général.
Plus cruelle encore était la mise en relation des propos tenus par Serge Gaillard en 2009 à la lumière de ceux qu’il tenait en janvier 2007: Le chômage devrait baisser à 2% d’ici 2010, selon Serge Gaillard, futur chef de la Direction du Seco:
La haute conjoncture actuelle devrait faire baisser le taux de chômage en Suisse à moins de 2% d’ici 2010, selon Serge Gaillard, futur chef de la Direction du travail du Seco. Il table sur la création de 30′000 emplois en 2007. En décembre et en moyenne de 2006, le taux de chômage en Suisse s’est inscrit à 3,3%. Et le pays compte de nombreuses personnes qui cherchent un emploi et beaucoup d’employés à temps partiel, surtout des femmes, qui aimerait travailler plus, souligne Serge Gaillard. L’actuel chef économiste de l’USS a tenu ces propos dans un entretien à paraître jeudi dans le magazine “Facts”.
Depuis quelques années, mêmes les prévisions météos ont gagné en précision et nous soumettent moins aux aléas du temps que les prévisions des économistes à ceux de l’économie.
Propos de crise (6) : Europe et Chine (mercredi 4 mars 2009)
A lire plus particulièrement, dans son numéro du mois de mars 2009, deux articles du mensuel économique Alternatives Economiques.
Le premier article s’intitule L’Europe malade de la crise. Pour Sandra Moatti, Guillaume Duval, la crise montre à quel point les structures de l’Union européenne sont inadaptées pour permettre une coopération efficace sur le plan économique. En effet,
privée d’un budget fédéral digne de ce nom, l’Union reste avant tout un grand marché avec des règles du jeu communes en matière d’aides et de déficits publics. Face à la crise, ces règles ont été de facto mises entre parenthèses par les différents Etats. Mais l’anomie qui en résulte débouche inévitablement sur de nombreux clashs. De quoi menacer le marché unique dans son existence même.
L’Europe saura-t-elle s’inventer des mécanismes de solidarité nouveaux qu’exige la crise? Plus largement l’avenir de l’Europe se joue aujourd’hui.
Pour sa part, Jean-François Bayart (chercheur au CNRS) s’attarde sur le cas chinois. Souvent présentée comme le nouvel acteur phare de l’économie mondiale devant progressivement supplanter ou du moins faire jeu égal avec les Etats-Unis dans un remake de la transition Grande-Bretagne/Etats-Unis de l’entre-deux-guerres, le miracle chinois est-il en péril?
Jean-François Bayart note une inversion de l’exode rural puisque près de 20 millions d’ouvriers migrants installés dans les villes seraient déjà rentrés au village. Ce serait le signe que la crise mondiale a fini par atteindre la Chine et
Ce début d’inversion de l’exode rural fait à nouveau se demander si la « Chine bleue » de la côte sera en mesure d’absorber l’énorme « Chine jaune » de l’hinterland.
La crise fera-t-elle éclater au grand jour des contradictions irréconciliables du système chinois? D’autant que le miracle économique chinois reste en trompe-l’oeil notamment en raison de sa dépendance à l’égard des Etats-Unis et plus largement du système financier international. La Chine devra-t-elle se doter d’un système bancaire et financier correspondant aux normes capitalistes internationales pour résoudre ses contradictions et se hisser dans la cour des grands? Ou sera-t-elle rattrapée par une intensification des troubles sociaux qui agitent de manière récurrente les campagnes? Sans parler du coût environnemental généré par le développement de la classe moyenne et de l’adoption d’un mode de consommation occidental.
Bref tout cela nous indique que nous sommes loin d’être sorti du sable.
Hans-Rudolph Merz précipite la Suisse dans la récession. (jeudi 12 février 2009)

Hans Arp mit dem Nabel-Monokel, 1928 (Fotograf unbekannt) © Stifung Hans Arp und Sophie Taeuber-Arp e.V.
La confiance était le mot-clé, hypnotique de Hans-Rudolph Merz en présentant ses voeux pour 2009 et en répondant aux journalistes de la TSR. La méthode Coué comme étendard et comme remède à la crise. J’émettais mes doutes sur la méthode et les chiffres du chômage, publiés le lendemain, projettaient déjà l’ombre du doute sur les résultats des remèdes du bon Dr Merz.
Hier soir, au Conseil communal, j’avais les preuves de l’échec de ce discours au sein même des troupes de notre brave Président lorsqu’une conseillère libérale venait demander si la commune ressentait déjà les effets de la crise et s’il ne fallait pas anticiper certains investissements pour soutenir les entreprises.
En rentrant, je lis sur le site du journal Le Temps que l’industrie d’exportation était totalement désarmée et que les patrons demandaient des mesures ciblées (Les patrons veulent des mesures ciblées).
Commentant le deuxième plan de relance en deux mois —et alors que début janvier le même Hans-Rudolph Merz estimait les mesures prises largement suffisantes en l’état actuel, car la situation était sous contrôle et que nous faisions mieux que nos voisins (ce fameux Sonderfall…)— ce même journal Le Temps jaugeait en édito ce deuxième programme comme insuffisant et manquant cruellement d’ambition (L’éditorial: «Manque d’ambition»).
C’est peu dire que les milieux économiques paniquent. Après avoir suranticipé la crise en licenciant à fin 2008 de manière préventive —et donc appelé au loup—, les voici cherchant l’abri vers papa Etat.
Décidément le néolibéralisme n’est bon que pour les salariés! D’autant qu’à côté des mesures (insuffisantes) de relance à 700 millions de francs, ce même bon docteur initie un plan d’économie de 600 millions de francs (1) . Au final, notre brave docteur pense pouvoir nous sortir de la gonfle en mettant 100 francs par Suisse sur la table… tout en la rabotant. (Alain Hubler: Je vous ai apporté des bonbons)
La Suisse joue donc petit bras, aveuglé par son idéologie libérale, alors que l’ensemble des pays industrialisés ou émergents ont mis leur œillères idéologiques au placard devant la gravité de la situation ainsi que le souligne le très marxisant Michel Lagier, chef économiste chez la banque Rothschild, en comparant le plan suisse:
«Comparé à ce qui est fait à l’étranger, le plan suisse est à peine visible, tardif, et flou. Il ne devrait pas avoir d’impact notable. Les investissements représentent 0,2% du PIB national, contre 1,5% en Europe, 4 à 5% aux Etats-Unis et 15% en Chine.» («A peine visible de l’étranger»)
Engrangez bien les «peanuts» d’Hans-Rudolph Merz, car vous devrez les découper très, très finement si vous comptez traverser cette crise en leur compagnie.
(1) Allez on lance les paris sur ceux qui devront se serrer la ceinture…
Dorothea Lange, Mère migrante (Migrant Mother), 1936
Marcel Gauchet: «Le communisme rendait fou, le néolibéralisme rend stupide» (vendredi 30 janvier 2009)
Intervenant lors d’une conférence à l’école des Hautes études en sciences sociales (Ehess) sur le thème « la crise financière : une approche politique », Marcel Gauchet est revenu sur la portée politique de la crise actuelle. Le site Marianne.fr a rendu compte de ses propos. Morceaux choisis:
- les responsables actuels ne veulent fondamentalement rien changer: «il est d’ailleurs assez clair que la plupart des responsables de toutes obédiences attendent que cela passe et sont bien décidés à recommencer comme par devant dès que l’orage sera passé, après quelques concessions inévitables mais limitées sur le chapitre de la fameuse régulation».
- Une crise qui remet en question la philosophie de la construction européenne: « La crise met manifestement en question toute la philosophie de la construction européenne telle qu’elle s’est redéfinie dans les années 80. L’urgence, le travail de pompier où en sont les dirigeants politiques impliquent de passer par d’autres canaux. Cette crise met en échec toute la philosophie de la gouvernance dont se gargarisait nos élites. Nous n’en sommes qu’au tout début d’une remise en question globale ».
- La politique est l’otage des financiers: « Il faut tordre le coup à un canard journalistique: «cette crise marquerait un retour du politique ! Il n’y a aucun retour du politique. Le politique a été pris en otage par les financiers qui sont venus lui mettre le marché en main : on saute tous ou vous faites quelque chose. Et ce quelqu’en soit le prix. On voit que le prix augmente tous les jours…Nous avons assisté à un appel au secours désespéré du politique, cela n’a rien à voir à un retour du politique».
- Un moment idéologique intense: «nous sommes dans un moment idéologique intense dont la mise en place de cette économie financière globale a été l’un des vecteurs efficaces. Mais aussi un entraîneur idéologique. Cette idéologie a l’étrange propriété de ne pas se prendre pour telle car elle est très largement partagée et qu’elle entretient un rapport direct avec la pratique économique qui en dissimule les rouages. […] Nous sommes passés du régime idéologique de la folie au régime idéologique de la bêtise ! Le communisme rendait fou, mais le néolibéralisme rend stupide ! ».
Marcel Gauchet: «Le communisme rendait fou, le néolibéralisme rend stupide»
Hans-Rudolph Merz : la méthode Coué (mercredi 7 janvier 2008)
Mardi soir, Hans-Rudolph Merz était en direct à la messe télévisuelle du soir des Romands: le Téléjournal. Il était interrogé tant en sa qualité de Président de la Confédération qu’en sa qualité de ministre des finances. Darius Rochebin et Alain Hertig l’ont interrogé sur les mesures prises par le Conseil fédéral pour prévenir/lutter contre la crise économique. Darius Rochebin a débuté:
- Le 1er janvier, vous avez dit «ayez confiance». Est-ce que vous y croyiez vraiment?
- Oui, vraiment, j’y crois. Car la Suisse a surmonté beaucoup de crises.
Les deux présentateurs ont par la suite insisté
« mais les mesures prises ne sont-elles pas insuffisantes en comparaison avec celles prises par les gouvernements voisins. »
A chaque fois, Hans-Rudolph Merz a répondu que non, que la situation était sous contrôle et que nous faisions mieux que nos voisins.
Vous pouvez visionner l’entier de l’entretien sur tsrinfo.ch.
Ce jeudi matin, la lecture des dépêches d’agence nous apprenait que le chômage avait atteint la barre des 3% en augmentation sur un mois de 0.3%. (Le taux de chômage a grimpé à 3% en décembre (2,7% en novembre), soit 11’110 chômeurs de plus)
C’est beau la méthode Coué… Cependant si Hans-Rudolph Merz se réfère à l’histoire, peut-être aurait-il pu préciser que lors de la crise des années trente, la Suisse a certes été touchée plus tard par cette crise, mais qu’elle a duré chez nous plus longtemps que chez nos voisins…
Post-scriptum: il n’y a pas encore, à ma connaissance d’image-symbole de la crise actuelle, d’où le choix pour illustrer cet article de la désormais célèbre photo de Dorothea Lange qui forme une de ses images-symboles de la crise de 1929. Pour rappel, Dorothea Lange (26 mai 1895 – 11 octobre 1965) est une photographe américaine dont les travaux les plus connus ont été réalisés pendant la Grande Dépression dans le cadre d’une mission confiée par la Farm Security Administration (FSA, Administration d’assurance paysanne). Voir sa biographie sur Wikipedia ainsi que l’article relatif à la photo Mother Migrant.
