L’arbre de décision réalisé ci-dessous à partir de l’analyse des précédentes primaires vous permettra très rapidement de saisir la composition des votants supportant soit Barack Obama, soit Hillary Clinton dans la primaire démocrate.
Vous constaterez alors que
Barack Obama a le soutien de la communauté noire;
plus les gens sont modestes et peu éduqués, plus ils votent pour Hillary Clinton;
plus les gens sont riches et bien éduqués, plus ils votent pour Barack Obama;
que le Nord et le Sud du pays préfèrent Hillary Clinton;
que l’Ouest et le MidWest préfèrent eux Barack Obama;
que le vote Obama est un vote urbain et que le vote Hillary est un vote rural.
A vous de consulter maintenant à la page suivante cet arbre de décision. Peut-être ferez-vous d’autres découvertes ou observations. Si tel est le cas ne manquez pas de le faire savoir!
« Dans certaines de ces petites villes, en Pennsylvanie, comme dans beaucoup de petites villes du Midwest, les emplois sont partis il y a vingt-cinq ans, et rien ne les a remplacés. Elles ont chuté sous le gouvernement Clinton et sous le gouvernement Bush. Les gouvernements successifs ont dit que ces villes allaient se régénérer, et cela ne s’est pas produit. Alors, il n’est pas surprenant que ces gens deviennent aigris, qu’ils s’accrochent aux armes, à la religion, ou bien à l’antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, à des sentiments anti-immigrés ou anti-commerce, comme moyens d’expliquer leur frustration. »
Ces propos tenus par Barack Obama, lors d’une réunion privée de collecte de fonds, à Sans Francisco, le 6 avril dernier, ont été enregistrés par une participante, puis ont été publiés sur le site conservateur du Huffington Post (http://www.huffingtonpost.com/). La reportrice/rapporteuse Mayhill Fowler se dit « journaliste citoyenne », se raconte au Los Angeles Times (http://www.latimes.com/) et affirme ne pas s’être cachée pour enregistrer le candidat, bien que la rencontre ait été « fermée à la presse ». Depuis, des enregistrements audio et vidéo ont essaimé largement sur Internet.
Tant John McCain qu’Hillary Clinton s’en sont emparés pour s’attaquer au candidat Obama. Pour certains, cette sortie d’Obama pourrait lui coûter l’investiture démocrate. Dans une semaine, les primaires auront lieu en Pennsylvanie et le temps est trop court pour réparer (si possible) les dommages, De plus, l’enjeu majeur pour les deux candidats démocrates consiste à convaincre les superdélégués qui, dans tous les cas de figure, décideront du choix du candidat-e démocrate puisqu’aucun des deux n’atteindra sans eux la majorité nécessaire.
Ainsi, autant le succès de Barack Obama que son éventuelle chute seront largement dus à l’utilisation de l’Internet et de la manière dont l’information désormais se construit à l’aide des différents médias en ligne. Une nouvelle fois, l’«affaire» démarre sur le net avant de se développer dans les médias plus traditionnels. Jusqu’au 6 avril, Barack Obama a largement bénéficié de sa parfaite maîtrise de ces nouveaux outils, y compris pour mobiliser et récolter des fonds. Avec le 6 avril, il a rejoint Nicolas Sarkozy et son «pauvre con».
PS: cet événement irait dans le sens de l’affirmation faite début mars par Samule Popkin, professeur de Sciences politiques et ancien consultant pour la campagne de Bill Clinton pour qui la campagne allait se jouer sur un coup de poker.
Howard Zinn est l’auteur d’une Histoire populaire des Etats-Unis. Cette histoire des États-Unis présente le point de vue de ceux dont les manuels d’histoire parlent habituellement peu. L’auteur confronte avec minutie la version officielle et héroïque -de Christophe Colomb à George Walker Bush- aux témoignages des acteurs les plus modestes. Les Indiens, les esclaves en fuite, les soldats déserteurs, les jeunes ouvrières du textile, les syndicalistes, les GI du Vietnam, les activistes des années 1980-1990, tous, jusqu’aux victimes contemporaines de la politique intérieure et étrangère américaine, viennent ainsi battre en brèche la conception unanimiste de l’histoire officielle.
Depuis sa parution en 1980, l’ouvrage a connu 6 rééeditions et a dépassé en langue anglaise le 1,7 millions d’ouvrages vendus. En 2007, une version pour les jeunes a été réalisée en deux volumes : A Young People’s History of the United States (Vol. 1: Columbus to the Robber Barons et Vol. 2: Class Struggle to the War On Terror).
En ce début d’avril, Howard Zinn, en collaboration avec l’historien Paul Buhle et le cartooniste Mike Konopacki, publie A People’s History of American Empire. Sous la forme d’une BD, cet ouvrage débute avec les événements du 11 septembre 2001, puis explore les cycles de l’expansion américaine dans le monde depuis Wounded Knee à l’Irak en passant par la Première Guerre mondiale, l’Amérique centrale, la guerre du Vietnam et la Révolution irannienne.
Basée sur la BD et avec la voix off de Viggo Mortensen, la vidéo « Empire or Humanity? What the Classroom Didn’t Teach Me about the American Empire » présente et résume l’ouvrage:
Cette vidéo a été réalisée par Tomdispatch.com. Sur ce même site, il est possible également de lire un essai d’Howard Zinn intitulé « Empire or Humanity?« .
A lire aussi l’article récent d’Howard Zinn: Beyond the New Deal (The Nation)
Voici typiquement le style de campagne auquel Barack Obama doit s’attendre et auquel il sera confronté s’il est choisi pour affronter John McCain lors de l’élection présidentielle américaine de novembre:
C’est beaucoup moins construit, argumenté et développé que son discours sur la race (YouTube - Obama Speech: ‘A More Perfect Union’), mais l’objectif de destruction massive du «peut-être» candidat démocrate à l’élection présidentielle est évidente et a commencé du côté de républicain. En effet, j’ai trouvé cette vidéo sur le blog d’une militante du parti républicain, fort distinguée au demeurant, à l’appui de son dernier billet intitulé Ending Obama-mania with Cold, Hard Truth (mettre fin à l’Obamania avec de froides et dures vérités).
Décidément l’imagination est au pouvoir avec le net dans la campagne présidentielle américaine de 2008. L’utilisation de youtube est également un phénomène à la fois de masse et créatif. La vidéo sur le net fait aussi exploser les règles de la télévision ordinaire. Qui aurait dit à l’ère du clip vidéo que le récent discours de Barack Obama (A More Perfect Union) sur les relations entre les communautés « raciales » d’une durée de près de 40 minutes serait regardé par autant de personnes soit à cette heure 3’514’133 personnes?
Voilà maintenant un superbe montage en relation avec la crise économique américaine, monté comme un trailer de film à grand spectacle:
Eblouissant, ébouriffant et imaginatif, n’est-il pas? Peut-être que son/ses auteur(s) font des fautes d’orthographe à l’écrit ou pas, mais dans tous les cas, ils maîtrisent le langage cinématographique et médiatique de 2008!
Ce qui me frappe dans cette campagne des primaires démocrates américaines, c’est l’extrême «fluidité» de la campagne. Elle est toujours en mouvement. Impossible pour un candidat de rester toujours sur la même ligne, car d’un moment à l’autre le vent peut tourner et la ligne se briser.
Pourtant, après 11 victoires de rang, Barack Obama semblait avoir trouvé une ligne de conduite que son adversaire, Hillary Clinton, tentait en vain d’ébrécher. Puis, les lignes se sont mis imperceptiblement à bouger de nouveau. Tout d’abord, l’argument que Barack Obama jouissait d’un traitement de faveur de la part des médias et des médias qui, pour se dédouaner, modifient leurs angles d’attaque. Ensuite, la vidéo présentée dans mon dernier billet « Qui sera le meilleur président à trois heures du matin? »:
Cette fois-ci, l’attaque porte d’autant mieux que, à mon avis, Barack Obama réplique via un détournement de cette même vidéo, détournement certes bien fait, mais qui entre en même temps dans le jeu et la thématique de l’adversaire. Ce faisant l’équipe de campagne d’Obama infère que cette question est légitime, qu’il doit prouver quelque chose et… il perd la main. Son style de campagne également puisque ses stratèges indiquent vouloir désormais aussi se placer sur le terrain des attaques personnelles après ses défaites de l’Ohio et du Texas. Il devient ainsi ordinaire et perd sa marque de fabrique. La pente devient savonneuse pour B. Obama. D’autant plus que, probablement, il avait axé sa campagne pour décocher ce mardi le k.o. final, car plus la campagne durera plus sa position va se fragiliser et l’effet «nouveauté» s’effilocher pour se banaliser.
De son côté, Hillary Clinton is back et reprend l’offensive. Elle a la niak:
L’objectif? dicter le tempo. Elle prend surtout en compte le fait que la campagne des primaires démocrates ne débouchera pas sur un vainqueur avant la convention du mois d’août. L’enjeu, c’est bien sûr les superdélégués, mais aussi la mise sur un seul rang du parti démocrate. Donc, la question des supporters du candidat-e non retenu comme tête de liste. Les démocrates ne pourront gagner qu’en évitant leur démobilisation. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la dernière sortie d’Hillary Clinton se déclarant favorable à un ticket regroupant les deux finalistes démocrates. Il est clair que Barack Obama ne peut se résoudre à cette issue, car il n’est pas concevable qu’Hillary Clinton soit en second sur le ticket après avoir été la First Lady.
Plus les primaires dureront, plus la pression sera forte sur Barack Obama pour qu’il accepte la deuxième place sur le ticket. D’autant plus que les Républicains vont aussi tirer à vue sur B. Obama. Ainsi, parallèlement, il servira de contre-feux pour Hillary Clinton…
PS: avant le début des primaires, Bill Clinton avait pronostiqué que le plus dur pour Hillary Clinton serait d’obtenir l’investiture démocrate alors que ce serait plus facile pour l’élection de novembre. Pour la première partie de la prédiction, il a bon…
Hier soir, j’effectuais des recherches relativement à mon enseignement de la didactique de l’histoire et au sujet du film d’Alan Parker Mississippi Burning. Je m’arrêtais sur youtube.com pour les extraits vidéos publiés par les internautes au sujet de ce film.
Dans le lot, il y a notamment la scène des funérailles et du sermon prononcé par le pasteur dans l’église:
Je n’ai pas pu m’empêcher de mettre en relation ce sermon (ton, gestuelle, attitude des personnes présentes) avec les discours de Barack Obama après chaque résultat de primaires et plus particulièrement à la suite des résultats du New Hampshire (version abrégée – version intégrale):
Discours fondateur et hypnotique repris évidemment par le clip suivant:
Dans un excellent et court article du New York Times (Deconstructing an Obama Victory), Katherine Q. Seelye revient sur l’analyse des primaires du Wisconsin par Ken Goldstein, directeur du the Wisconsin Advertising Project, analyste des campagnes publicitaires politiques américaines.
Cette analyse met en évidence à mon avis le naufrage de l’équipe de campagne d’Hillary Clinton au Wisconsin:
• sa campagne démarre plus tard que celle de Barack Obama (le 6 février pour B. Obama, le 12 février pour H. Clinton);
• Barack Obama dépense cinq fois plus en publicité qu’Hillary Clinton (1,5 millions de $ contre 300’000$);
• 50% de messages de la campagne d’Hillary Clinton sont à visée négative qui plus est sur des points mineurs concernant Barack Obama;
• 25% des messages publicitaires de B. Obama concernent des publicités attaquant ou contre-attaquant H. Clinton.;
• alors que l’élection de 2008 est perçue comme une élection du changement, aucune publicité d’H. Clinton ne mentionne ce terme alors que la campagne d’Obama le mentionne 1’824 fois;
• aucun spot ne mentionne son expérience ou lui laisse directement la parole alors que B. Obama est régulièrement mis en scène et parle de ses propres expériences.
Au final, B. Obama a remporté le Wisconsin avec 17 points d’avance sur H. Clinton et il le doit certainement à la clarté de sa campagne. Visiblement H. Clinton et son équipe ont fait le choix d’une campagne négative dans la lignée des précédentes campagnes présidentielles américaines. Or, là aussi visiblement, les électeurs sont en attente d’un changement et d’un message positif porté par le candidat. C’est d’autant plus regrettable, à mon avis, parce que, lorsque Hillary Clinton laisse percer la carapace pour se montrer elle-même, elle est bien meilleure et convaincante. Le dernier exemple en date en a été donné lors du débat CNN pour les primaires du Texas:
• mal à l’aise (et huée) lorsqu’elle attaque la personnalité de B. Obama en le comparant à un photocopieur:
• excellente à la fin (avec standing ovation) lorsque elle ajoute à son discours une part d’émotion[1]
Ce dernier élément me permet de remarquer aussi que de manière surprenante (mais fort bienvenue) dans ses primaires américaines, les émotions d’une candidate féminine jouent en sa faveur. C’est visiblement un paramètre qui a de la peine à être intégré par l’équipe de campagne d’Hillary Clinton, car jusqu’à présent de tels comportements jouaient «normalement» en défaveur des candidat-e-s féminines à de tels postes (rappelez-vous Lilian Uchtenagen). Ils doivent d’autant plus être difficile à intégrer que certainement depuis de nombreuses années le profil politique présidentiel d’Hillary Clinton[2] a été construit pour gommer son émotivité «féminine» et mettre en avant des qualités jugées «masculines» du pouvoir présidentiel. La campagne des présidentielles américaines de 2008 réserve donc un lot de surprises et de nouveautés dont nous avons certainement pas fini de parler.
PS : Visiblement, Hillary Clinton et son équipe ont choisi de poursuivre la campagne négative selon les concepts de Karl Rove, le stratège des campagnes républicaines de l’actuel président des Etats-Unis. Serait-ce qu’une campagne positive n’offrirait qu’une défaite honorable et que seule une campagne négative et agressive lui offrirait une (mince) chance de retourner à son avantage les primaires démocrates? Toujours est-il que, si Obama remporte les primaires, une telle campagne négative aussi précocement lancée ne manquera pas de poser problème aux Démocrates pour l’élection de novembre 2008, car c’est du pain béni pour les Républicains.
Notes:
1 Je me refuse à tomber dans le piège d’une émotion «fabriquée» chez Hillary Clinton et d’une émotion «sincère» ou «naturelle» chez Barack Obama. ↩
2 Nul doute que le profil politique présidentiel de B. Obama a lui aussi été construit depuis 2004! ↩
Dans le cadre de la campagne des primaires américaines, le téléjournal de la TSR (22 février) s’est intéressé à l’utilisation des médias électroniques par les candidat-e-s et à l’augmentation de la participation des jeunes à ces primaires. Pour en parler, ils sont venus demander l’avis de politis.ch. Merci à eux et une forme de reconnaissance pour la qualité de mes billets consacrés à la campagne et plus particulièrement du podcast réalisé récemment.