Propos de crise (2)

Fragments discontinus de crise. Ecrits du bord de l’écran.

Dramatisation, catastrophisme et fin du monde par G. W. Bush et John McCain

Ces dernières vingt-quatre heures, tour à tour John McCain et G. W. Bush ont joué la crise sur le registre de la dramatisation et du catastrophisme. L’un en arrêtant (soi-disant?) séance tenante sa campagne électorale, l’autre déclarant, après un mutisme assourdissante, à la nation:

« Notre économie toute entière est en danger« 

Clairement, ces deux personnages tentent de sauver leurs meubles. Le premier ceux ceux de sa campagne électorale, l’autre ceux de sa présidence. Ces deux personnages que seule réunissait une franche et commune détestation mutuelle se retrouvent donc uni dans un destin commun, crédibilisant on ne peut mieux le McSame de la campagne obamesque:

Cela ne serait pas trop grave si les deux se contentaient de couler ensemble. Mais dans un système économique où la confiance entraîne la confiance, l’inverse est également vrai. Leur irresponsabilité est ici totale, voire criminelle. G. W. Bush est coutumier du fait puisqu’il a joué sur cette corde dès le lendemain du 11 septembre 2001. Cependant, cette fois-ci, une telle attitude de chef de clan, matinée de mépris pour le citoyen lambda, provoque aujourd’hui la colère des électeurs et citoyens américains, totalement abasourdis par la gravité de la crise et stupéfaits d’entendre qu’ils devraient payer 700 milliards de dollars pour l’inconséquence des banques alors qu’eux voient leur maison saisie, leur retraite couler et les bourses d’étude de leurs enfants partir en fumée.


PS: un article de USA Today évoquait mercredi une aide fédérale de 25 milliards de dollars pour aider l’industrie automobile qui déroche à son tour.

Propos de crise (1)

Fragments discontinus de crise. Ecrits du bord de l’écran.

Crise de 1929 – Crise de 2008
Il y a comme un décalage entre les nouvelles en provenance des bourses du monde entier et notre perception des implications que celles-ci auront sur nos vies quotidiennes ses prochains temps. Comme une impression diffuse que cette crise n’est pas réelle, comme si nous étions au cinéma à regarder un remake.
Est-ce qu’à force de faire, à chaque début de crise, référence à cet événement totémique du Krach de 1929, fait que celui-ci n’est plus qu’un mythe. Qui a peur du grand méchant loup?

Notre incrédulité est fort étrange. Est-ce que les contemporains de 1929 partageaient une perception et une passivité comparables aux nôtres? 
En tout cas, les pseudos discours rassurants, distillés par les zélateurs de l’hyperlibéralisme, et l’évolution progressive du vocabulaire de crise de 2008 ressemblent furieusement à ceux de 1929.

It’s a brave new world! 

Discours de Nicolas S. à l’ONU
Hier Nicolas S. a prononcé un discours surréaliste à la tribune de l’ONU (Crise financière : réponses françaises, réponses américaines). Il veut que l’enquête soit menée pour trouver LE(S) responsable(s) de la crise et punir la/les victime(s) sacrificielle(s).
C’est un discours emblématique de la méthode S. : la recherche permanente du bouc-émissaire et de la stigmatisation d’un individu-autre jetté en opprobe à la vindicte populaire. 
Il prend l’expression gendarme du monde plus qu’au pied de la lettre. 

Crise du leadership mondial
Une des explications fournie de la crise de 1929 réside dans l’analyse qu’après 1918 nous étions dans une crise du leadership économique mondial entre l’ancienne puissance dominatrice la Grande-Bretagne, victorieuse militairement, mais rendue exsangue économique par le conflit mondial et la nouvelle, les Etats-Unis, retournée à l’isolationnisme politique et hésitant à assumer son nouveau leadership.
En 1945, la passation de « pouvoir » était réalisée et les Etats-Unis assumaient alors pleinement leur leadership tant économique et financier que politique.
Peut-être qu’aujourd’hui la crise économique n’est que le reflet d’une situation comparable où les Etats-Unis sont dans le rôle de la puissance économique rendant les armes alors que son successeur n’a pas encore endossé véritablement l’habit de la superpuissance économique.
Les différents signaux semblent indiquer que la Chine est le prochain détenteur de la couronne et que le centre de gravité de l’économie mondiale sera l’Asie (La crise financière, tremplin pour la Chine ?). Même Doris Leuthard a pris acte de ce changement à venir de leadership comme ses prédécesseurs d’après1945 qui s’étaient très rapidement adaptés à la nouvelle donne américaine.
Au niveau du modèle de société, c’est pas vraiment une ère « jojo » qui nous attend: hyperlibéralisme économique à la brutalité radicale et contrôle social totalitaire.  

Obama et McCain dans le même bâteau
La dernière nouvelle plus que surprenante du jour, c’est l’annonce de l’interruption de la campagne de John McCain et le départ pour le Congrès des deux candidats à la présidence pour tenter de trouver une solution au programme de crise présenté par le gouvernement. Une forme de gouvernement d’union nationale.

At 8:30 this morning, Senator Obama called Senator McCain to ask him if he would join in issuing a joint statement outlining their shared principles and conditions for the Treasury proposal and urging Congress and the White House to act in a bipartisan manner to pass such a proposal.  At 2:30 this afternoon, Senator McCain returned Senator Obama’s call and agreed to join him in issuing such a statement.  The two campaigns are currently working together on the details.
Source: http://www.dailykos.com/storyonly/2008/9/24/151942/594/254/608947

Quatre observations:
- l’ampleur et la gravité de la crise (américaine) est encore plus sidérale que notre imagination arrive aujourd’hui  à la concevoir; 
- le vide tout aussi sidéral du pouvoir présidentiel américain auquel tente de suppléer les deux sénateurs-candidats à la présidence;
- la parlementarisation quasi totale du régime américain devant ce vide du pouvoir présidentiel;
- G. W. Bush, premier président des Etats-Unis détenteur d’un MBA en économie (si, si) a été englouti par la crise.   
La cotation du « titre » président des Etats-Unis d’Amérique est proche de la valeur des emprunts russes après la Révolution russe de 1917! 

 

What crisis? Crisis!*

Depuis juillet 2007, l’entrée dans le vocabulaire de crise a été progressive malgré les références constantes à l’événement totémique du Krach de 1929. Tout a été fait d’abord pour distinguer la situation de 2007 à celle de 1929. Nous aurions appris de cette crise de 1929, nous en serions sortis plus intelligents et les marchés sauraient désormais se réguler. Et puis les fondamentaux de l’économie étaient «bons» (n’est-ce pas John McCain?). Dans le fond, ce n’était qu’une situation limitée au secteur de la finance. Pas de panique!

Ben justement depuis la semaine dernière, c’est la panique sur les marchés financiers. A tel point que maintenant ce serait vraiment la crise. Seulement depuis la semaine dernière parce que le coeur des marchés financiers sont touchés et que la crise menace l’establishment financier? Au fond la crise ne serait-elle réelle que lorsqu’elle atteint les cercles de décision les plus élevés de l’oligarchie économique et financière?

Clairement la notion de crise dépend également des éléments que l’on juge fondamentaux pour parler de crise. Le choix de ces éléments n’est pas neutre et certains de ceux-ci ont des conséquences plus que douloureuses et réelles pour des millions de gens -et cela depuis plus longtemps que juillet 2007 ou septembre 2008. Pour sa part, Natasha Chart (Natasha Chart :: This Is Now A Crisis), sur le blog OpenLeft, en liste quelques-uns:

  • 45 million Americans have « don’t get sick » for a healthcare plan and people who have health coverage but do get sick are still at high risk of going bankrupt.
  • The global greenhouse effect is wreaking havoc on our species’ life support systems.
  • Americans’ wages have been stagnating and they don’t have the purchasing power they had at the turn of the century.
  • Impoverished Americans have rising and Third World infant mortality rates, thanks to Bush administration cutsin social services that financed truly wasteful government spending.

Pourtant poursuit Natasha Chart:

When you fail, or your family fails, when your neighborhood fails, it’s unfortunate.

When Ben Bernanke’s and Henry Paulson’s ex-colleagues fail, it’s a crisis that demands immediate attention and any solution available. Those people, they need some help.

Note: Ben Bernake est le président de la Réserve fédéral et Henry Paulson le secrétaire au Trésor du gouvernement Bush.

* Quelle crise? La crise! (référence bien évidemment à l’album de Supertramp (Crisis? What crisis?)

"I am Hillary Clinton and I do not approve that message"

Dimanche 24 août 2008, très rapidement après la désignation de Joe Biden comme colistier de Barack Obama, John McCain faisait paraître cette publicité où il s’interrogeait sur le fait qu’Hillary Clinton n’ait pas été désignée pour accompagner Barack Obama sur le ticket démocrate et insinuait que c’était parce que Hillary Clinton avait dit des vérités dérangeantes concernant le candidat démocrate:

Lundi 25 août 2008, Hillary Clinton a répondu sur son espace youtube* à John McCain:

« Now I understand that the McCain campaign is running ads trying to divide us and let me state what I think about their tactics and these ads: I am Hillary Clinton and I do not approve that message. »

Ainsi avec son annonce, il se pourrait bien que John McCain ait rendu un fier service à Barack Obama, car une des dernières inconnues dans le camp démocrate résidait dans l’attitude qu’allait adopter Hillary Clinton lors de la convention et dans la campagne de l’élection de novembre. Désormais cette incertitude semble levée et l’opiniâtreté d’Hillary Clinton dans les primaires démocrates pour triompher de Barack Obama a toutes les chances de se reporter contre John McCain.

* et a immédiatement répercuté la publication de sa vidéo, via son Twitter.

Obama : my American Prayer

Alors que Barack Obama choisissait son colistier en la personne de Joe Biden, Dave Stewart (ex-Eurythmics) composait une nouvelle ode à la gloire du candidat démocrate et réunissait une brochette de personnalités du show-biz pour l’interpréter dont Forest Whitaker, Macy Gray, Whoopi Goldberg, Cyndi Lauper, Herbie Hancock, Joan Baez et… Pamela Anderson. Voici le résultat:

A noter la référence appuyée à Martin Luther King.

Pour revenir à la désignation du colistier et à la stratégie marketing, centrée sur le web, de Barack Obama, je vous conseille l’intéressante lecture de Guillemette Faure sur Rue89: Un biiip à 2 heures du matin… Ca doit être Barack.

Bon dimanche!

Elle s'en va

So today, I am standing with Senator Obama to say: Yes we can.
Hillary Clinton   

Depuis mardi passé, il était clair qu’Hillary Clinton aurait à s’effacer au profit de Barack Obama. Depuis mardi, ce retrait a été effectué par étapes jusqu’à ce discours prononcé au National Building Museum de Washington devant  10’000 supporters:

Le texte intégral de son discours est disponible ici.

Dans le prolongement de ce discours, Barack Obama a indiqué, samedi 7 juin, qu’il avait hâte de faire campagne aux côtés de Hillary Clinton qui représente une valeur « inestimable » pour gagner l’élection présidentielle en novembre.« La sénatrice Clinton sera d’une valeur inestimable pour nous aider à gagner en novembre et j’ai hâte de faire campagne à ses côtés pour apporter au pays les changements dont il a éperdument besoin », a dit M. Obama dans un email adressé à ses partisans. (Source: Le Monde)

Par ailleurs et généralement, le mode de scrutin par grands électeurs incite les candidats à l’élection présidentielle américaine à concentrer leur force et leur campagne sur les swing states, c’est-à-dire ces états susceptibles de basculer d’un côté comme de l’autre sur le candidat démocrate ou républicain. En effet, un fois un Etat gagné, c’est l’ensemble des grands électeurs de cet état qui reviennent au candidat arrivé en tête (à l’exception toutefois du Maine et du Nebraska). C’est, sans surprise le choix effectué par l’équipe de campagne de John McCain et, dans la vidéo suivante,  Rick Davis, directeur de campagne, présente les axes de cette campagne en mettant en avant un parti républicain affaibli comme jamais et un candidat McCain qui bénéficie en revanche d’une image très bonne auprès des Américains: 

 
Or, de son côté et à nouveau, Barack Obama semble vouloir innover en la matière et il aurait déjà établi une stratégie électorale qui inclut une forte présence dans des états dits «rouges». Suite à la forte mobilisation – historique – lors de la campagne des primaires, Barack Obama cherche à transformer la machine des primaires en machine électorale présidentielle et compte rallier dans le camp démocrate des états traditionnellement républicains. Ainsi ses premiers déplacements seront dans des états comme la Caroline du Nord, un état qui a voté «rouge» depuis plus de 32 ans, le Missouri ou la Virginie, ce dernier état ayant été «rouge» depuis 44 ans (Source: Les états mauves et la stratégie d’Obama). Certainement aussi que sa formidable mécanique à lever des fonds pour la campagne explique également le choix de cette stratégie.

Assisterait-on à la traduction en politique et à l’élection présidentielle américaine du concept de «guerre totale»? Jusqu’à cette élection de 2008, une telle stratégie relevait de l’utopie en raison des moyens financiers et humains colossaux nécessaires pour mener une telle campagne. La campagne des primaires démocrates et l’arrivée à maturité de l’utilisation des moyens issus de l’Internet ont peut-être changé ces règles du jeux. Ainsi, dans ces primaires, les Démocrates ont réussi, pour la première fois à lever plus de fonds et à réunir plus d’électeurs que les Républicains. Dans tous les cas de figure, la stratégie de Barack Obama correspondrait alors à:

  • changer les règles du jeux et définir ses règles du jeu;
  • placer John McCain sur la défensive;
  • l’étrangler financièrement;
  • déplacer, voire dépasser, les frontières républicain/démocrate.
Ces prochains jours, un premier élément à suivre résidera dans l’impact du discours de retrait d’Hillary Clinton dans les mesures d’opinion. 3 à 4% de plus dans les intentions de vote pour Barack Obama serait des plus encourageants pour le camp démocrate. A moins l’élection présidentielle de novembre sera très difficile à gagner pour Barack Obama. A suivre donc…

La longue traîne des primaires démocrates: bénéfique ou non?

Voilà mon premier billet publié suite à une première info publiée sur mon twitter:

Sondage: 67% des démocrates pensent que la longueur de la campagne ne fait pas de tort au parti, voire qu’elle lui est bénéfique.

Lien : http://twitter.com/lyonelkaufmann/statuses/799010698

Et qui a suscité la réponse suivante:

@lyonelkaufmann et toi tu en penses quoi? c’est bénéfique ou non? D’après moi c’est terriblement contre-productif…

Mais voilà, ma réponse sera publiée ici, car elle fait plus de 140 caractères… N’empêche la vitesse de diffusion/réaction a été fulgurante sur twitter et incomparablement plus réactive par rapport à la publication de n’importe lequel de mes billets sur politis… Bon mon avis maintenant.

En préambule, il me faut replacer cette question en fonction de la situation dans laquelle se trouve les démocrates. Depuis janvier, il y a deux candidats qui n’arrivent pas à faire la différence définitivement et que les électeurs démocrates non plus n’arrivent pas à départager. Plus embêtant chacun de ces candidats clive l’électorat:

  • d’un côté, Hillary Clinton attire les électeurs plutôt âgés et les cols bleus, soit les représentants des classes moyennes fortement touché par la crise industrielle américaine et fragilisé par la concurrence internationale;
  • de l’autre côté, Barack Obama attire lui l’électorat des jeunes et celui des Noirs.

Quelque soit le choix définitif du Parti démocrate, il faudra que le ticket réussisse à récupérer l’électorat du perdant de la primaire. Quelque soit la longueur de la campagne. En même temps, les primaires doivent permettre de mobiliser un maximum d’électeurs potentiels. L’art consistant ensuite à les garder mobilisés pour la générale. L’équation est ici simple: combien de temps et jusqu’à où le ressentiment des supporters du candidat-e défait-e subsistera-t-il? La question est difficile actuellement à trancher, car évidemment les supporters sont en pleines mobilisation pour leur candidat-e et ne saurait être en mesure d’accepter la défaite de son poulain et les sondages reflètent cet état d’esprit en montrant un fort pourcentage de désaffection si leur favori n’est pas choisi.

Le dilemme existe aussi en fonction de deux catégories d’électeurs qui pourraient faire la différence en novembre en faveur du candidat-e démocrate. A nouveau, chacun des candidats attire une de ces catégories: les cols bleus pour Hillary Clinton, les jeunes pour Barack Obama. Ici, l’équation est : lequel de ces électorats est le plus volatile. Dans la configuration actuelle et par rapport à la dernière présidentielle américaine, il paraît plus dangereux pour le parti démocrate de s’aliéner l’électorat col bleu, car il ira de toute façon voter… Actuellement, il apparaît que le vote de l’Indiana est crucial tant pour Hillary Clinton que pour Barack Obama. Pour ce dernier, après ses gaffes à leur égard qui l’ont très largement desservi en Pennsylvanie, si cette désaffection persiste, elle sera un obstacle quasiment infranchissable pour l’élection générale de novembre puisque à cette désaffection s’ajoutera à la frange de l’électorat blanc qui ne votera jamais pour un candidat noir. L’électorat jeune ne pourra pas à lui seul compenser cette double désaffection, mais une seule oui.

Si les deux candidats n’arrivent pas à faire la différence, c’est aussi parce que le dilemme des électeurs est le résultat de la spécificité des deux candidats: une femme et un Noir. Qui de la misogynie ou du racisme est le plus fortement ancré dans l’électorat? Sous cet angle, la longueur de la campagne permet, à mon avis, de mieux jauger cette attitude de l’électorat. Jusqu’à récemment, ce dernier paraissait être plus misogyne que raciste, mais il me semble qu’imperceptiblement plus la campagne avance et plus elle joue contre Barack Obama. Si cette tendance se confirmait, elle serait très gênante, car elle ne pourra qu’augmenter d’ici novembre.

Enfin, je suis d’avis qu’il n’est pas si négatif que les attaques se produisent pendant les primaires et entre candidats démocrates. Je sais que cela peut paraître curieux et aller en contre-sens des analystes actuels. Pourtant je tiens à mettre en évidence deux éléments:

  • comment penser que le candidat qui ne pourrait résister que difficilement à ces attaques durant les primaires pourrait mieux le faire en novembre face au candidat et à la campagne républicaine?
  • plus ces éléments-là sont mis en avant durant les primaires, plus il sera difficile aux républicains d’amener de nouvelles choses dans un style de campagne qui est extrêmement mobile et fluide ce qui nécessite d’amener constamment de la matière nouvelle qui plus est face à un-e candidat-e qui aura déjà su s’en sortir.

Par contre, dans les faits, plus la campagne traîne plus elle joue en défaveur de Barack Obama, car il perd toute la fraîcheur, la nouveauté et le sentiment d’un nouveau style politique qu’il incarne depuis le début de la campagne. Mais peut-on dire pour autant que ce qui joue en défaveur de Barack Obama joue automatiquement en défaveur du parti démocrate? Certainement que oui pour les supporters d’Obama, évidemment non pour les supporters d’Hillary Clinton…

Et si Hillary attaquait Obama au travers du Boss?

Ces derniers jours les médias américains et francophones ont beaucoup parlé du spot d’Hillary Clinton axant sa campagne sur la peur et s’inspirant très largement des deux campagnes présidentiels de Georges W. Bush. Je parle bien entendu de la vidéo « Kitchen »:

André Gunthert (Elire un président de cinéma?) la présente très bien:

Après la vidéo « Children (it’s three AM) », le staff de Hillary Clinton a encore grimpé d’un cran dans l’échelle du clip politique qui fait peur. Diffusé le 21 avril, la veille du vote des délégués de Pennsylvanie, « Kitchen » (allusion à une citation de Harry Truman: “If you can’t stand the heat, get out of the kitchen”; “Si tu ne supportes pas la chaleur, ne reste pas dans la cuisine”) accumule images de guerre et de pompes à essence dans le plus grand désordre mental, sur une musique façon « L’Etoffe des héros ». On croirait une annonce pour un programme de Fox News.

Elle n’honore certes pas Hillary Clinton. Dans le même temps, si Obama ne s’en sort pas face à ce type de campagne négative, il n’aura aucune chance en novembre. En même temps, s’il se sort bien de ce type d’attaques dans les primaires démocrates, il privera de munitions les Républicains puisqu’il pourra toujours parler de réchauffé…

Pour comprendre le principe des publicités négatives utilisée dans les campagnes américaines, la démarche parodique de l’équipe de Slate est également éclairante (Attacking Barack With the Boss) pour que nous puissions imaginer ce qui attend Barack Obama ces prochaines semaines et prochains mois. A cela s’ajoute la particularité et les possibilités offertes par le multimédia à la portée de tous et l’utilisation d’un réseau comme YouTube dans le genre de publicité «virale». Cette vidéo parodique* associe donc de manière particulière Bruce Springsteen et Barack Obama. En effet, le Boss a adoubé dernièrement Barack Obama lors de la campagne de Pennsylvanie, via une lettre de soutien de Springsteen publiée sur son site.
La publicité réalisée par Slate décline le thème de campagne apparu après les propos pour le moins ambigus de Barack Obama depuis San Francisco à l’égard de la classe moyenne américaine. La présentation de Slate:

Bruce Springsteen has come out for Barack Obama. You might think the working-class rocker’s endorsement is the perfect tonic for those « bitter » fumes engulfing Obama, following his recent ill-chosen remarks about small-town America. Certainly the timing seems great, with a critical primary in blue-collar Pennsylvania just days away.
Or, if you’re Hillary Clinton, you might try to turn the Boss’ show of support for Obama into a big fat negative. Slate V imagines what the attack might look like.

Dans le clip, des extraits de chanson de Bruce Springsteen sont repris. Sortis de leur contexte, ceux-ci donnent à penser que The Boss aurait les mêmes préjugés négatifs que B. Obama et ne serait en plus que le défenseur d’une Amérique de loosers. Le syllogisme sous-entendu est assez clair : si le Boss ne soutien que des loosers alors Barack Obama est un looser. Les deux font fausse route.
Dans l’histoire, le pire réside dans le fait que, sortie du site et du contexte de présentation de Slate, très peu de chose la distingue d’une publicité de campagne, réalisée et payée par un groupe de soutien à Hillary Clinton.** La confusion est donc totale. Et là elle dessert les deux candidats au plus grand profit des Républicains.
Décidément « It’s a brave new world ».***

* mais pas autant que cela, car sortie de son contexte et publiée sans précaution sur un blog, on jurait effectivement une publicité de campagne diffusée par un comité de soutien à Hillary Clinton.
** Seul le portrait de Céline Dion insinue un certain doute, mais comme c’est une de ses chansons qui est une des chansons présidant aux meetings d’Hillary Clinton…
*** Titre anglais du livre d’Aldous Huxley, Le meilleur des mondes.

Hillary Clinton : Too Old to Rock 'n' Roll: Too Young to Die

Hillary Clinton a joué la métaphore de Rocky Balboa durant la campagne de Pennsylvanie, y compris lors de son discours de victoire après les résultats de cet Etat. Ces primaires de Pennsylvanie représentait bien pour elle un « vaincre ou mourir ». Barack Obama l’avait bien compris et a jeté passablement de ses forces financières pour tenter de la mettre K.O. par l’argent. Dépité et défait avant les résultats, il est déjà parti pour l’Indiana.

De ce «vaincre ou mourir clintonien», c’est l’ode de Jethro Tull qui s’est imposé dans le cas présent à mon esprit pour symboliser tant la campagne que le résultat et pour changer de l’ambiance lourde flottant durant cette campagne et sur le parti démocrate. En plus, cet hymne au Rock ‘n’ Roll n’est pas sans référence à cette classe moyenne et à ses cols bleus américains qui tirent actuellement la langue. Et qui semble dans cet Etat préférer Hillary Clinton à Barack Obama. Peut-être parce qu’elle est celle qui est le moins le mal à l’aise des deux quand il s’agit d’aller boire une bière au comptoir ou jouer au bowling. 

Alors musique:

 

Too Old to Rock ‘n’ Roll: Too Young to Die

The old Rocker wore his hair too long,
wore his trouser cuffs too tight.
Unfashionable to the end --- drank his ale too light.
Death's head belt buckle --- yesterday's dreams ---
the transport caf' prophet of doom.
Ringing no change in his double-sewn seams
in his post-war-babe gloom. 

Now he's too old to Rock'n'Roll but he's too young to die.

He once owned a Harley Davidson and a Triumph Bonneville.
Counted his friends in burned-out spark plugs
and prays that he always will.
But he's the last of the blue blood greaser boys
all of his mates are doing time:
married with three kids up by the ring road
sold their souls straight down the line.
And some of them own little sports cars
and meet at the tennis club do's.
For drinks on a Sunday --- work on Monday.
They've thrown away their blue suede shoes.

Now they're too old to Rock'n'Roll and they're too young to die.

So the old Rocker gets out his bike
to make a ton before he takes his leave.
Up on the A1 by Scotch Corner
just like it used to be.
And as he flies --- tears in his eyes ---
his wind-whipped words echo the final take
and he hits the trunk road doing around 120
with no room left to brake.

And he was too old to Rock'n'Roll but he was too young to die.
No, you're never too old to Rock'n'Roll if you're too young to die.