Vidéosurveillance: et pourquoi pas dans nos chambres à coucher?

S’il s’agit de lutter contre la criminalité à l’aide de la vidéosurveillance autant s’attaquer aux espaces où se commettent le plus d’infractions. Or, l’espace où se commettent le plus d’infractions, ce n’est pas la rue, mais nos chambres à coucher. Démonstration par Anastassia Tsoukala.

Le premier argument qui est avancé pour justifier les politiques et les moyens de la vidéosurveillance, c’est l’argument de la sécurité. Par extension, c’est pour notre bien que nous devons accepter le sacrifice de notre vie privée. Si c’est ainsi on peut s’attendre à ce qu’on applique la même logique à tous les contextes. Or il s’avère que toutes les enquêtes de criminologie indiquent que l’espace le plus criminogène, c’est-à-dire où se commet le plus d’infraction dans nos villes contemporaines, ce n’est pas la rue, mais c’est notre domicile et surtout nos chambres à coucher. C’est là où sont commis les violences conjugales, les cas d’inceste, de viol, de maltraitance d’enfants. etc. Nous avons là des milliers de victimes réelles et pas hypothétiques. Devrions-nous alors au nom de la violation de toute une série de valeurs sociales incontestables accepter l’installation de caméras de surveillance dans nos chambres à coucher?

Anastassia Tsoukala (juriste, criminologue, maître de conférences à Paris XI) participait à la dernière table ronde « Identification, surveillance et libertés individuelles » dans le cadre du colloque « Identification et surveillance des individus : quels enjeux pour nos démocraties », organisé par la Bibliothèque publique d’information – Centre Pompidou le 17 janvier 2009.

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15 Other Comments

17 réponses à Vidéosurveillance: et pourquoi pas dans nos chambres à coucher?

  1. Gengis dit :

    Rien à cacher, rien à montrer.

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  2. Un problème : on se dit souvent que le contrôle est une pulsion de l’Etat (de l’autorité) contre l’individu. Mais… je n’en suis pas sûr, il me semble qu’une bonne proportion des individus se sentent finalement plus à l’aise quand ils étendent le contrôle autour d’eux, sur leurs biens, sur les personnes qui leur sont chères (ou celles qu’elles perçoivent comme adversaires). Le fameux “sentiment d’insécurité” est une réalité psychologique, une anxiété diffuse assez répandue, et le fait qu’il excède largement la réalité de l’insécurité (de la menace) n’y change rien. il n’est qu’à voir le succès viral de toute annonce alarmiste ou catastrophiste pour se convaincre que l’esprit humain est poreux à l’idée de menace.

    Donc avec l’Internet des objets, la loi de Moore et la marche en avant vers la dimension nano, il sera effectivement aisé de truffer son environnement personnel de caméras ou autres enregistreurs de faits et gestes. Cela de la part des individus libres dans un marché libre, donc en dehors du prisme d’analyse contrôle public versus vie privée.

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  3. jmm dit :

    @iPhone : il ne vous aura peut-être pas échappé que, pour le coup, nous ne sommes pas vraiment face à des “individus libres dans un marché libre”; vous avez entendu parler du Livre bleu du Gixel ?

    Les technologies de surveillance étant difficile à vendre, parce qu’anxiogènes, le Gixel proposait d’en déployer dès l’école maternelle afin d’y habituer les enfants dès leur plus jeune âge, et donc de contribuer à augmenter leurs parts de marché…

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  4. (jmm) Merci du lien. Ma réflexion se fonde plutôt sur l’observation anthopologique. Par exemple, il n’est pire “société de contrôle” qu’une tribu de chasseurs-cueilleurs sans Etat : on a montré que la majorité de l’activité langagière quotidienne est consacre au gossip (le commentaire des faits et gestes d’autrui), ce qui est une forme de surveillance permanente de l’individu par le groupe. Un autre exemple : les communautés fermées aux Etats-Unis, où des gens riches choisissent très librement d’imposer un contrôle étroit des actes. Ou bien encore ces panneaux dans les quartiers londoniens incitant les habitants (indépendamment des caméras nombreuses) à dénoncer à la police tout agissement suspect de leur quartier.

    Partant de là, et de nombreux autres exemples de servitudes dans l’histoire, je doute un peu que dans l’équation “dois-je privilégier la liberté ou la sécurité?” nous soyons très fermement programmés à tous répondre sans hésiter: “la liberté bien sûr”. En tout cas, je pense que la paranoïa de contrôle qui caractérise l’Etat (le pouvoir en général) n’est pas une strate purement artificielle imposée à des sociétés qui seraient spontanément très respectueuses de la liberté et de la vie privée des individus.

    Cela n’empêche nullement la manipulation des tendances sécuritaires par des agents publics ou privés qui entendent en profiter. Mais ces tendances ne sont pas crées ex nihilo, c’est juste mon propos… et il ne vise évidemment pas à dédouaner les manipulateurs de leurs responsabilités (ce que vous décrivez très bien).

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  5. Sophisme dit :

    Sans juger le reste, je trouve falacieux l’argument du “Vidéosurveiller les chambres à coucher ?”. Vous poussez une idée à l’extreme pour la rendre ridicule. En jouant a ça, je pourrait dire que votre point de vue est mauvais car bientot vous interdirez les telephones, puis l’internet, puis le courant etc… Or nous savons bien que ce n’est pas votre propos. Tout comme ce n’est pas le propos de Mr X qui pense honnetement qu’une caméra dans la rue ne le gene pas. (Bon, aprés ca peut l’aider a comprendre la géne que lui ne ressent pas.)

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  6. Mirabo dit :

    Je suis naturellement d’accord avec vous, mais je ne peux m’empêcher de constater que l’argumentation proposée est bien faible… Pousser les choses jusqu’à l’absurde, faire des analogies, c’est bien pour prendre conscience qu’il y a quelque chose qui cloche, mais c’est insuffisant pour combattre ces démons-là. Il faut des arguments positifs, et je n’en ai pas trouvé beaucoup. Non pas qu’il n’y en ait pas (le plus fructueux que vous proposez est probablement le renversement du regard : le problème réside dans ce que la vidéosurveilance révèle du surveillant, pas du surveillé). Mais cette absence d’arguments incontestable est un indice du fait que les tenants de la vie privée ont un train de retard sur les tenants de l’état policier. Il manque dans ce monde une vraie réflexion de philosophie sociale et politique capable de contrer efficacement la pensée unique actuellement en position de force. Ce n’est pas pour rien que Rousseau et Montesquieu ont précédé la Révolution…

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  7. (Mirabo) Sur le manque d’arguments positifs. Une hypothèse : cela tient au fait que la liberté est risquée et que l’aversion au risque joue sur du velours. On demande à une population lambda : «craignez-vous d’être agressé dans la rue par un autre individu ou que votre enfant soit molesté ou que votre vieille mère soit bousculée par un voleur à la tire?». Il y a de forte chance que, malgré les statistiques, l’esprit de beaucoup d’individus soit porté à surestimer les risques réels, donc à acquiescer à des mesures supposées protectrices. On demande à la même population lambda : «craignez-vous l’instauration d’un gouvernement totalitaire des conduites par des outils de surveillance permanente ?», ils seront certes une majorité à exprimer une crainte (enfin… il faut l’espérer), mais je gage que celle-ci sera plus diffuse, plus abstraite, moins intense que dans le premier cas. Cela malgré le fait que l’histoire humaine est parsemée de régimes tyranniques, les régimes libres étant exceptionnels.

    Une autre manière de dire cela : les gens ne raisonnent pas sur des probabilités abstraites (j’ai une chance sur X d’être agressé / volé, et ce taux est relativement constant, et une caméra ne change rien, et les effets pervers d’une caméra peuvent être nuisibles), mais sur des projections concrètes (on va me piquer mon iPhone, on va faire du happy slapping avec mon fils, on va arracher le sac à main de ma mère). Or, ce type de projection annihile des vues plus rationnelles et permet aux promoteurs du contrôle d’avancer leurs pions sous couvert de toujours généreuse protection des faibles et des innocents. La posture défensive de justification de la non-surveillance tient à une asymétrie : il existe aujourd’hui de l’insécurité (comme dans toute société, mais ce n’est évidemment pas une excuse pour les malfaiteurs) versus il existera peut-être demain un mauvais usage de la surveillance. Un problème concret et présent contre un problème hypothétique et futur.

    Cela dit et sur la « pensée unique », je vous trouve excessif. Nous vivons globalement dans des sociétés inspirées par l’héritage libéral, pas seulement en économie, mais aussi en théorie de la société et du pouvoir. Aucun parti n’a comme programme officiel la suppression des droits de l’homme et de leur valeur constitutionnelle, ceux qui s’en rapprochent restent très minoritaires, les régimes tyranniques ne sont nullement perçus comme désirables et la majorité semble acquise au fait que la liberté de l’individu présente d’importants bénéfices. La modernité a réalisé un lent travail d’autonomisation de l’individu, et si cette autonomie n’est pas spontanée (naturelle) à mon sens, elle n’en reste pas moins appréciée comme expérience collective, pour ses résultats comparés avec ceux des sociétés hétéronomes dictant les conduites et les pensées. Ensuite, il y a tout le travail d’influence que l’on sait (le lien de jmm par exemple) mais c’est «le jeu», l’autonomie n’est pas un état pur et protégé en soi, l’humain vise toujours à influencer son voisin dans le sens qui l’intéresse ou qui lui convient.

    Je suis donc d’accord avec la conclusion de jmm : il ne faut pas une position maximaliste, mais une étude au cas par cas des bénéfices-risques de chaque technique, de leur rapport coût-efficacité et des moyens de surveillance des surveillants.

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  8. Cinqasept dit :

    “Il n’y a pas que la perfidie qui ait besoin d’un masque” (Nietzsche)

    Et quelle foi ingénue, folle, apolitique, dans la vertu du pouvoir… Y aurait-il eu une Résistance, si les occupants avaient joui de tels instruments ?

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  9. Joe Linux dit :

    >>Aucun parti n’a comme programme officiel la suppression des droits de l’homme et de leur valeur constitutionnelle,

    Oui, c’est vrai, dans son programme “officiel” – notez, aucun voleur ne se promène non plus avec une étiquette “je suis un voleur” sur le front.

    Quant aux réacs qui aiment bien la surveillance, si vous voulez toucher leur cœur, parlez-leur de la surveillance en ex-URSS… vous verrez bientôt qu’ils aiment la surveillance uniquement quand c’est leur parti qui est au pouvoir…

    En même temps, c’est vrai que du PS à l’UMP, les partis réacs sont toujours au pouvoir… ça s’appelle : la démocratie

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  10. cpolitic dit :

    Article complet et impressionnant de détails. Great Job! JMM

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  11. nikko dit :

    Un argument positif, pour limiter la dissémination des caméras de surveillance ?
    En voici un, à mon sens : l’état, déjà dépositaire de la violence légitime, capable, ce faisant, de déployer en cas de problème forces policières ou militaires, n’a certainement pas besoin du surcroît de pouvoir que lui donne la vidéo-surveillance. Nous vivons dans une démocratie – pour l’instant, et bien qu’i y ait de nombreuses critiques à faire sur “sa qualité”- que se passerait il en cas de virage autoritaires des régimes politiques occidentaux si s’ajoute aux moyens coercitifs déjà existant la possibilité de surveiller le moindre fait et geste des citoyens européns ? C’est le rêve de Staline…on voit déjà les dégats qu’il a fait sans autant de pouvoir de surveillance…

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  12. Ping : Section socialiste de l'île de Ré » Lettre ouverte à ceux qui n’ont rien à cacher

  13. Ping : Section de Gréasque » Lettre ouverte à ceux qui n’ont rien à cacher

  14. zal dit :

    Les juifs qui allèrent se faire recenser en octobre 1940 dans les préfectures de France n’avaient rien à cacher.

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  15. d1d1er dit :

    Je me permet un autre point de vue complémentaire aux précédents.

    Faisons une expérience pour jauger de l’utilité d’une caméra : trouver un endroit public filmé mais peut fréquenté à ce moment là. Quelques personnes se connaissant simulent une agression. Après cet évènement on peut mesurer l’efficacité de la caméra avec les questions et constatations suivantes :

    – Est ce que la police est arrivée immédiatement ?
    – Est ce qu’un surveillant a vu l’agression en directe sur son écran de contrôle ?
    – Est ce que la caméra est enregistrée ?
    – Est ce que l’enregistrement est visionné même si aucune plainte n’a été déposée ?
    – Est ce que les participants peuvent être identifiés ?

    Aujourd’hui, la réponse sera non à toutes les questions. Pourquoi ? Eh bien simplement parceque la technologie en particulier et les moyens en général ne sont pas encore là.

    Sachant cela, tout individu se sachant filmé peut déclarer “Je n’ai rien à cacher”. Même un dealer de hall d’entrée d’HLM peut dire dans une conversation de comptoir “Je n’ai rien à cacher” car il sait que ceux qui l’observent n’ont pas l’instrument adéquat pour voir tout les détails permettant de le mettre en cause.

    Nous avons tous un jardin secret à cacher, cela est évident. Pour le moment nous savons d’une part qu’une caméra dans un lieu public ne nous fait ni chaud ni froid. D’autre part nous pouvons encore contrôler la mise en lignes de nos informations privées sur le web.

    De la même façon que nous sommes habillés au moins pour une question de pudeur, nous entourons, même inconsciemment, notre jardin secret de la clotûre nécessaire à préserver notre intimité.

    Le contenu du jardin dépend de ce que la société nous conseille d’y cacher à un certain moment : en 1940 il fallait cacher sa religion juive….

    “Je n’ai rien à cacher” est un défit, c’est simplement une réponse à l’incompétence des autorités publiques ou privées à pouvoir trouver ce que nous cultivons dans notre jardin secret. C’est une façon de dire “Tu peux toujours essayer de m’observer avec n’importe quel instrument, tu ne verras évidemment pas plus loin que le rempart qui entoure naturellement mon jardin secret”.

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  16. Wintermute dit :

    Le fantasme de la vidéosurveillance et la mythologie de l’identification n’existent que grâce à une formule magique:

    “Let’s enhance it”

    http://www.youtube.com/watch?v=Vxq9yj2pVWk

    PS
    Magnifique article

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  17. bravo….magnifique….

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