Commençons par un petit rappel des faits :
• Suite aux attentats du 11 septembre 2001, les autorités américaines (Trésor américain et services secrets) ont obtenus de pouvoir contrôler les transferts internationaux effectués sous l’égide de la société belge -mais dirigée par un Américain- Swift. Depuis Bruxelles, celle-ci gère 11 millions de transactions journalières pour des transfets de 6000 milliards de dollars.
• Les banques suisses sont le septième plus gros clients de Swift.
• Des représentants du Crédit suisse et de l’UBS siègent au conseil d’administration de Swift au nom des banques suisses.
• La Banque nationale suisse (BNS) a été la première instance helvétique informée dès l’été 2002 des autorisations financières accordées aux autorités américaines. La BNS a considéré que cette affaire n’était pas de son ressort et a transmis les informations à la Commission fédérale des banques (CFB) et au Département fédéral des finances (Le Temps du 7.7.2006)
• C’est le New York Times qui a révélé l’affaire, il y a une quinzaine de jours.
Swift et le secret bancaire
Tant la Commission fédérale des banques que le Département fédéral des finances ont estimé que le secret bancaire suisse n’a pas été violé en l’espèce. Pourquoi ? D’une part, ces instances ont toute confiance dans les autorités américaines et, d’autre part, elles s’en lavent les mains, car le secret bancaire ne s’appliquerait que sur le territoire suisse.
Comme le relève le journal Le Temps (07.07.2006):
« Pourtant, selon la loi, il s’agit d’un secret professionnel rattaché à la personne du banquier. 80% de la population suisse demande son maintien, selon le dernier sondage de l’ASB (Association suisse des banquiers) »
Curieux ?
D’autant que cette affaire ne soulève guère d’indignation dans les milieux politiques suisses. La commission de gestion du Conseil national notamment a, nous dit Le Temps, « opté pour une intervention douce et polie » auprès du Conseil fédéral ! Celui-ci part, pour sa part, tranquillement en vacances et indique qu’il n’y a pas matière à agir. Enfin, personne n’estime utile que les responsables de la BNS ou de la CFB soient entendus et fournissent des explications.
D’autant que Swift dispose d’une filiale commerciale sur sol helvétique.
D’autant que les réactions sont bien plus vives en Belgique et au Parlement européen. Ce dernier est particulièrement inquiet concernant les risques de violation de la législation sur la protection des données.
Curieux ? Non !
D’abord, les autorités helvétiques et les milieux financiers se sont toujours tenus dans le sillage des Américains.
Ensuite, le secret bancaire est, avant tout, un outil permettant aux banques suisses de s’extraire des lois communes et notamment d’un élémentaire contrôle étatique ou citoyen.
Par ailleurs, le secret bancaire bénéficie ou a bénéficié aux dictateurs de tout poil, au blanchiment de l’argent des différentes maffias et à l’évasion fiscale tout en permettant aux banques de s’en laver les mains commodément au nom d’une éthique bidon.
Enfin, la gauche institutionnelle ne peut et ne veut passer pour la défenderesse du secret bancaire. Et elle n’a pas le courage d’en demander la fin en s’appuyant sur une affaire de ce genre, car le mythe est bien trop ancré dans les têtes helvétiques et ce n’est donc pas électoralement payant.
Circulez y a rien à voir !
Ainsi, le secret bancaire est un outil commode pour les banques. Elles le dégainent pour repousser toute demande qui les dérange. Elles s’en affranchissent lorsque cela les arrange également ou que le demandeur pourrait leur occasionner quelques tracas dans leurs affaires. Le couillon? c’est le client qui veut bien y croire.
Au final, le secret bancaire est un mythe vendu à bon marché notamment à la population suisse. Elle est une des bases du Sonderfall helvétique au fort goût de piège à gogos.
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