Game of Thrones et la politique américaine de 2016

Pour Emily Nusbaum du New Yorker, la saison 6 de Game of Thrones est, par plusieurs aspects, une allegorie de la politique americaine de 2016 :

Season 6, which ended Sunday, has felt perversely relevant in this election year. ILLUSTRATION BY SAM BOSMA

ILLUSTRATION BY SAM BOSMA

«Season 6 … felt perversely relevant in this election year. It was dominated by debates about purity versus pragmatism; the struggles of female candidates in a male-run world; family dynasties with ugly histories; and assorted deals with various devils. George R. R. Martin surely didn’t intend his blockbuster series of fantasy books … to be an allegorical text for U.S. voters in 2016. But that’s what you get with modern water-cooler dramas, which so often work as an aesthetic Esperanto that lets us talk about politics without fighting about the news.»

Lire l’article : The Westeros Wing – The New Yorker

Brexit : ce sont des menteurs et puis il y a Boris Johson et Michael Gove | Nick Cohen

Analyse du journaliste politique Nick Cohen dans The Guardian sur les leaders du Brexit et la fracture entre eux et les aspirations des votants au Brexit.

En premier lieu, la campagne a dissous le parti travailliste et les libéraux. Le débat a été tenu, tant chez les partisans du maintien dans l’Union européenne que chez les partisans du Brexit, par des leaders conservateurs ou de l’extrême-droite :

«The referendum campaign showed the only arguments that matter now in England are on the right. With the Labour leadership absent without leave and the Liberal Democrats and Greens struggling to be heard, the debate was between David Cameron and George Osborne, defending the status quo, and the radical right, demanding its destruction. Johnson and Gove won a dizzying victory with the potential to change every aspect of national life, from workers’ rights to environmental protection.»

Nick Cohen relève ensuite l’absence de programme du camp du Brexit pour la suite ou le gouffre entre les leaders et les votants du Brexit :

«The Leave campaign has no plan. And that is not just because there was a shamefully under-explored division between the bulk of Brexit voters who wanted the strong welfare state and solid communities of their youth and the leaders of the campaign who wanted Britain to become an offshore tax haven. Vote Leave did not know how to resolve difficulties with Scotland, Ireland, the refugee camp at Calais, and a thousand other problems, and did not want to know either.»

Enfin, Nick Cohen met en évidence les mensonges, déjà avérés, et les reniements sitôt les résultats connus des leaders du Brexit. Pour le journaliste, les vraies divisions existant aujourd’hui en Grande-Bretagne sont celles existants entre les leaders du Brexit et les votants qu’ils ont trompés :

«The real division in Britain is not between London and the north, Scotland and Wales or the old and young, but between Johnson, Gove and Farage and the voters they defrauded. What tale will serve them now? On Thursday, they won by promising cuts in immigration. On Friday, Johnson and the Eurosceptic ideologue Dan Hannan said that in all probability the number of foreigners coming here won’t fall. On Thursday, they promised the economy would boom. By Friday, the pound was at a 30-year low and Daily Mail readers holidaying abroad were learning not to believe what they read in the papers. On Thursday, they promised £350m extra a week for the NHS. On Friday, it turns out there are “no guarantees”.»

Reste à leur trouver une vraie opposition :

«If we could only find a halfway competent opposition, the very populist forces they have exploited and misled so grievously would turn on them. The fear in their eyes shows that they know it.»

A noter qu’en mars, Nick Cohen écrivait déjà, à propos de Boris Johnson leader du Brexit : «Boris Johnson. Menteur, escroc – et premier ministre ?»

Lire l’article : There are liars and then there’s Boris Johnson and Michael Gove | The Guardia

Brexit : “Un divorce politique entre le peuple et la classe politique britannique”

Professeur de Sciences politiques à l’University College London, auteur notamment de La Social-démocratie domestiquée (éd. Aden), Philippe Marlière était aux premières loges de la campagne pour le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. La victoire du Brexit constitue selon lui un lourd désaveu pour les deux partis dominants britanniques, et un trompe l’œil pour les électeurs de gauche favorables à la rupture avec l’UE.

La victoire du Brexit avec 51,9% des voix ce 24 juin se confond avec le triomphe de Nigel Farage, un eurosceptique souverainiste de droite. Le vote des citoyens britanniques pour la sortie de l’UE est-il pour autant un vote de droite, voire xénophobe ?

Philippe Marlière – Il faut distinguer deux choses dans ce vote, que l’on peut qualifier de manière générale d’eurosceptique. Les forces qui l’ont propulsé sont effectivement de droite. Elles ont un programme économique ultralibéral, et se situent à droite sur le plan des idées. Ces forces, au premier rang desquelles l’Ukip (parti souverainiste de droite de Nigel Farage, ndlr), n’ont pas hésité à jouer de la corde nationaliste et xénophobe en produisant un discours sur l’immigration qui visait à effrayer les électeurs. Ainsi, quelques jours avant le jour du référendum, l’Ukip a affiché un poster représentant des réfugiés syriens en Slovénie – ce qui n’avait rien à voir – avec ce slogan : “Breaking point” (“point de non retour”). Ce n’est donc pas une sortie de gauche – un “lexit”.

Mais pour une partie de l’électorat, le motif de sortie de l’UE n’est pas de cet ordre, ou en tout cas pas complètement. Il s’agit d’un électorat blanc, ouvrier des zones urbaines ou périurbaines industrielles, et du Pays de Galles, qui est politiquement plutôt de gauche. Cet électorat a voté “leave” en espérant récupérer sa souveraineté populaire, pour mener des politiques de gauche en rupture avec l’austérité – comme le revendique la gauche radicale française. L’immigration a aussi été l’une des motivations de cet électorat, mais plus on se rapprochait du vote, plus les enjeux se sont nationalisés : la colère populaire s’est dirigée contre les élites britanniques qui mènent des politiques d’austérité, et pas contre les élites bruxelloises. Il y aura donc une contradiction entre la force propulsive du Brexit – ultralibérale et nationaliste – et cet électorat.

Lire l’article des Inrocks : Brexit : “Un divorce politique entre le peuple et la classe politique britannique”

Épistémologie du capitalisme – La vie des idées

La parution du livre de Robert Boyer, Économie politique des capitalismes, est un événement important pour la réflexion économique. Il résume les avancées de la théorie (ou « école ») de la régulation, qui se déploie depuis maintenant plusieurs décennies. Cette théorie, dont Robert Boyer est un des fondateurs, se veut une synthèse entre l’histoire économique, la pensée marxienne et la pensée keynésienne. Elle propose une approche originale du capitalisme, ne reposant pas sur une seule critique, mais sur une inquiétude : le capitalisme est instable, génère des déséquilibres économiques et sociaux, mais il est pourtant aujourd’hui le système économique dominant sur la planète. Quelles sont les instances de stabilisation, de médiation des conflits ou, en d’autres termes, de régulation des économies de marché ? Comment l’échec de ces mécanismes de stabilisation conduit-il à des crises ? Les différentes formes de déséquilibres économiques actuels (inégalités aux États-Unis, difficulté de rendre compatibles les économies en Europe, suraccumulation du capital en Chine, déstabilisation des pays émergents) montrent la pertinence de cette inquiétude et des recherches régulationnistes.

Lire le compte-rendu : Épistémologie du capitalisme – La Vie des idées

L’avertissement prophétique de Pierre Mendès France – Mediapart

En 1957, lors du débat sur le Traité de Rome, Pierre Mendès France mettait en garde contre un projet inspiré par « un libéralisme du XIXe siècle ». Cette mise en garde oubliée du plus démocrate et du moins nationaliste des hommes politiques marquants du siècle passé résonne dans notre présent où éclate la crise d’une Europe qui a perdu la confiance majoritaire des peuples.

« L’abdication d’une démocratie peut prendre deux formes, conclut Mendès France, soit le recours à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme providentiel, soit la délégation de ces pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle, au nom de la technique, exercera en réalité la puissance politique, car au nom d’une saine économie on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement “une politique”, au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »

« Dire cela, ajoutait Pierre Mendès France, ce n’est pas être hostile à l’édification de l’Europe, mais c’est ne pas vouloir que l’entreprise se traduise, demain, par une déception terrible pour notre pays, après un grand et bel espoir, par le sentiment qu’il en serait la victime et, tout d’abord, ses éléments déjà les plus défavorisés

À méditer au moment où la Grande-Bretagne a choisit pour le Brexit.

Source : https://www.mediapart.fr/journal/international/240616/l-avertissement-prophetique-de-pierre-mendes-france

Qui est Virginia Raggi, première femme élue maire de Rome ?

A retenir :

«Bien loin de sa garantie de publier “le moindre acte en ligne”, la nouvelle résidente du Capitole de Rome a passé une partie de son parcours sous silence, rapporte Le Monde. Elle a débuté sa carrière dans un cabinet d’avocat appartenant à un des défenseurs de Silvio Berlusconi, et veille à ne pas ébruiter cette expérience. A Rome, elle a fait parti d’une société liée à la régie des transports municipaux qui avait vu nombre de ses membres placés en examen ou limogés. L’amélioration du réseau de transports constituait un des piliers du programme de la candidate. Elle aurait également oublié de déclarer une partie de ses honoraires alors qu’elle défendait la commune de Civitavecchia.»

Source : Qui est Virginia Raggi, première femme élue maire de Rome ?