Le FN en 144 engagements, et 140 signes

Cet article de The Conversation détaille la manière de faire de la communication politique par l’intermédiaire de twitter. S’il s’agit ici de l’exemple du Front National, une partie des éléments est plus général sur la manière d’utiliser le réseau social.

«En effet, la communication numérique orchestrée sur ces comptes montre bien que Twitter est un relais quasi exhaustif de la prise de parole médiatique lors de campagnes : les interviews, réactions, etc. sont « live-tweetées » par les community managers des candidats, sur le compte officiel de la personnalité, ou celui du parti.

On est bien loin de la caricature de la réduction de la pensée en 140 signes, que l’on peut entendre de manière récurrente…»

Concernant plus particulièrement l’analyse de la démarche du Front national en la matière – analyse que l’auteur compte faire également pour les autres partis et candidats concernant la présidentielle – celui-ci relève que

«À partir de ce petit corpus, nous pouvons donc examiner la mise en œuvre de la communication du FN autour des propositions de sa candidate : à travers des émissions médiatiques de forte audience, et le relais des séquences les plus fortes sur les réseaux sociaux, les figures emblématiques mettent en musique la partition gérable proposée dans les propositions : « sûreté », « fierté », « liberté », « prospérité », etc., sont mis en discours de manière plus ou moins spécifique (à travers la monnaie par exemple), contextuelle (en lien avec les événements de Bobigny), personnalisée (la question de la jeunesse par Marion Maréchal Le Pen), mais toujours avec une forte cohérence.»

Enfin, la campagne actuelle menée par le Front national est inquitétante par l’efficacité du message ainsi développé actuellement par ce parti :

«Loin de réduire la pensée, la communication sur les médias sociaux, sur Twitter en particulier, est d’une grande force et efficacité. Ne pas en tenir compte, c’est s’exposer à des effets de « bulles » médiatiques et ne pas mesurer l’impact de ces « données » sociales sur les processus électoraux.»

Surtout en fonction du cadre général actuel de la campagne.

Source : Le FN en 144 engagements, et 140 signes

Julien Longhi, auteur de l’article, est Professeur des universités en sciences du langage, Université de Cergy-Pontoise. Il a développé Polititweets, un outil d’analyse de tweets politiques (http://ideo2017.ensea.fr/projet-polititweets/)

Etats-Unis : un État en déliquescence

Le pourrissement de la politique américaine et l'élection de Donald Trump infectent l'ordre mondial et pourraient potentiellement provoquer un effondrement aussi grand que l'effondrement de l'empire soviétique.

Dans son article America: the failed state, paru en décembre 2016, Francis Fukuyama, auteur en son temps lors de la chute de l'empire soviétique d'un ouvrage ayant suscité la polémique et annonçant la Fin de l'histoire ainsi que le triomphe définitif du libéralisme et de la démocratie1, porte un jugement peu complaisant sur la situation résultant de l'élection en 2016 de Donald Trump :

« Donald Trump’s evolution from a buffoonish fringe candidate taken seriously by no one to the President-Elect of the United States is one of the most unexpected and traumatic events in recent US history. The effects are uncertain, but—in the worst case—they could lead to the US giving up entirely on global leadership, and the unravelling of the liberal world order it has done much to build since the 1950s. »

Il replace cette élection et ce qu'elle annonce en terme de nationalisme et d'autoritarisme en perspective en la reliant tant avec Recep Erdogan, le président turc qu'avec son homologue hongrois, Victor Orban. Cette évolution vers des démocraties populistes présente une menace évidente à l'encontre des libertés individuelles :

« with indignant nationalists riding the tide in so many places, we cannot preclude the possibility that we are living through a political disruption that will in time bear comparison with the collapse of Communism a generation ago. »

Au-delà de Trump lui-même, Fukuyama revient sur la crise de 2008 et de ses conséquences. Pour Fukuyama, la crise bancaire de 2008 a remis en cause l’autorité des élites qui ont créé ce système très risqué. Cette « faille dans le modèle », selon l'expression consacrée d'Alan Greenspan, minait l’expertise sur laquelle le pouvoir des élites reposait. Plus grave encore que l’échec de l’économie occidentale a été le sentiment d’injustice qui poussait dans son sillage. Le public a vu tous ces institutions et individus fortunés qui avaient bénéficié du système et qui étaient renfloués dans le même temps qu'étaient promulgués des projet de loi sous la forme de politiques d’austérité et d'augmentation du chômage. Aux États-Unis, ces effets déstabilisateurs ont été aggravés par une anxiété née du déclin de la puissance relative de la nation américaine.

Cependant, pour Fukuyama, le résultat de l'élection de Trump doit beaucoup au dysfonctionnement du système politique américain.

L’accusation que les grosses sommes d’argent et de puissants intérêts particuliers corrompent le Congrès et remplissent les poches des « élites » au détriment des citoyens ordinaires se retrouvait dans les propos des deux candidats outsiders de droite et de gauche, soit Donald Trump et Bernie Sanders.

Les deux ont vilipendé Hillary Clinton, présentée comme la personnification de ce genre de corruption. Ciblant des banques de Wall Street comme Goldman Sachs, la critique a atteint de nouveaux sommets avec Donald Trump qui a, en outre accablé comme corrompues tout un éventail d'institutions américaines, FBI compris.

De la sorte, le système politique américain est devenu dysfonctionnel alors que, pour Fukuyama, le problème est que les critiques comme celles de Trump et Sanders n'identifient pas correctement la source du problème et ne peuvent pas offrir de véritables solutions.

Fukuyama fait l'analyse que la polarisation idéologique et l’émergence de puissants groupes d’intérêt dans le système ont amené à la "vetocracy". À savoir, une situation dans laquelle des intérêts particuliers peuvent opposer leur veto aux décisions nuisibles pour eux-mêmes, tandis que l’action collective pour le bien commun devient extrêmement difficile à réaliser. La Vetocracy n’est pas fatale à la démocratie américaine, mais elle produit une mauvaise gouvernance :

« The American political system has undergone decay over recent decades as well-organised elites have made use of vetocracy to protect their interests. »

Conséquemment, les inégalités ont augmenté au cours de la dernière génération. Les chiffres sur la concentration des richesses et des revenus dans les 10 premiers pour cent des 1 % supérieurs sont bien connus. Ce qui était moins reconnu jusqu'à la campagne actuelle est ce qui se passait dans la vie des autres 99 %. C'est ainsi que l'ancienne classe ouvrière blanche souffre depuis trois générations de la désindustrialisation. Auxquels s'ajoute encore la situation des Afro-américains dans les centres-villes, des sans-papiers ou des autres minorités marginalisées.

Pour Fukuyama, en définitive, le succès du populisme en 2016 n'est pas surprenant. L'élite économique est responsable de la crise financière de 2008, mais c’était les citoyens ordinaires de classe ouvrière qui ont perdu leur emploi. L'absence d'une réponse des partis tant démocrate que républicain à la marginalisation économique de la classe ouvrière blanche coïncide avec leur marginalisation dans un système politique qui favorise ceux qui ont l’argent et l’État. La vraie surprise devrait être que le soulèvement populiste n’est pas venu plus tôt.

Concernant la présidence Trump, sur la question de l’inégalité et le sort de la classe ouvrière américaine, ses principales propositions — la renégociation d’accords commerciaux et de sévir contre l’immigration illégale — sont susceptible de produire les effets positifs qu’il promet, mais peut aussi susciter, pour Fukuyama, des représailles d’autres pays qui conduiront à une spirale à la baisse globale qui rappelle les années 1930.

Par ailleurs, la victoire des Républicains ne saurait masquer les contradictions importantes entre les tenants de la ligne Ryan, adeptes de la globalisation et de la réduction des dépenses sociales, et les supporters de Trump. Le premier champ de bataille potentiel sera le budget. Il peut déboucher sur le pire des deux mondes. A savoir, des nouvelles déductions fiscales pour les plus nantis et des coupes dans les programmes sociaux tels l'Obamacare, le tout combiné avec un protectionnisme et une flambée d'intolérance ethnique. À ce titre, pour Fukuyama et en décembre 2016,

« The appointment of Breitbart executive Steve Bannon as White House strategist and Republican National Committee Chair Reince Priebus as Chief of Staff are suggestive of exactly that sort of compromise. »

En terme idéologique, la victoire de Trump représente, pour Fukuyama, la dernière étape d'une transition mondiale vers nationalisme populiste, un modèle dont le sens est en train de devenir terriblement clair.

Cette tendance recouvre le Brexit et la montée des partis de droite anti-UE, anti-immigrés dans toute l’Europe. Dans un certain sens, ces événements — comme Trump — sont une réaction populaire à retardement à la mondialisation et les bouleversements économiques et culturels qu’elle a forgé au nom d’une liberté qui ne s’arrête pas à la frontière. Si cette tendance se poursuit ailleurs dans le monde, que nous vivrons dans une période très difficile de nationalismes concurrents et en colère.

Source de l'image d'en-tête : Donald Trump à la Convention républicaine de 2016. ©Action Press/Rex/Shutterstock

L'article : America: the failed state | Prospect Magazine

Prospect est un magazine mensuel britannique couvrant un large spectre de sujets, mais mettant l'accent sur la politique et l'actualité. Classé au centre gauche sur l'échiquier politique, il propose des sujets sur la politique britannique, la politique internationale, la psychologie, la culture, l'art, la littérature, la musique, le cinéma et il publie souvent des essais sur l'économie, les questions sociales, l'architecture, les médias, la science et les technologies.

Prospect a une rubrique « opinions » qui propose des contributions provenant d'un large spectre politique. (Source : Wikipedia)

Francis Fukuyama, né le 27 octobre 1952, à Chicago, est un philosophe, économiste et chercheur en sciences politiques américain.

Intellectuel influent, très connu pour ses thèses sur la fin de l'histoire, Francis Fukuyama est actuellement professeur d'économie politique internationale à la SAIS de l'université Johns-Hopkins à Washington.

En 2004, il a servi dans l'administration Bush en tant que membre du Conseil présidentiel de bioéthique. Depuis le départ de Georges Bush, il préconise en relations internationales la promotion de la démocratie par le soft power. En 2006, Fukuyama déclare que ses idées se sont éloignées de celles des néo-conservateurs (America at the Crossroads et Francis Fukuyama (2006). "After Neoconservatism". The New York Times Magazine, 19 février). Il a ensuite soutenu en 2008 Barack Obama à l'élection présidentielle américaine. (Source : https://en.m.wikipedia.org/wiki/Francis_Fukuyama)

  1. S'inspirant des thèses d'Alexandre Kojève sur la « fin de l'histoire », Fukuyama affirme que la fin de la Guerre froide marque la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme (concept de démocratie libérale) sur les autres idéologies politiques. Fukuyama est par ailleurs conscient que la chute du Mur, la dislocation du bloc de l'Est va entraîner d'importants troubles : la fin de l'Histoire ne signifie pas selon lui l'absence de conflits, mais plutôt la suprématie absolue et définitive de l'idéal de la démocratie libérale, lequel ne constituerait pas seulement l'horizon indépassable de notre temps mais se réaliserait effectivement.

    Le livre développe la thèse d'un article intitulé The End of History? (La Fin de l’Histoire ?) et publié en 1989 dans la revue The National Interest.

Le non à la RIE III sanctionne la droite « arrogante et clientéliste », juge Christian Levrat – RTS.ch

Le net rejet de la réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) marque un tournant dans la législature, estime le président du PS Suisse Christian Levrat, qui demande à la majorité de droite de « tirer les leçons » de ce vote.

Un très bon week-end pour le PS avec les résultats des trois votations fédérales et le résultat de la votation dans le canton de Vaud sur la LPPPL.

Source : Le non à la RIE III sanctionne la droite « arrogante et clientéliste », juge Christian Levrat

« Société du travail », triste tropisme

Après la Suisse et l'initiative sur le revenu universel, le débat s'est incarné dans la présidentielle française avec Benoît Hamon. Ce débat à le mérite de poser la question de la place et de la valeur du travail dans nos sociétés. Voici un extrait d'un article publié sur The Conversation et dû la plume de Xavier Philippe, enseignant-chercheur en sociologie du travail et gestion des ressources humaines.

Travailler sans le savoir, travailler sans le vouloir

On pourrait prendre au mot les arguments sur la « société du travail ». Le revenu universel va créer une société d’assistés. Le seul remède c’est de travailler plus gagner plus. Slogan ancien maintenant éculé mais recyclé à l’infini. Allez, chiche. Sauf que ce supplément de travail ne vous rapportera pas automatiquement un revenu. Par exemple, vous, lecteur(s) qui lisez ces lignes, vous ne le savez peut-être pas, mais vous êtes en ce moment même en train de fournir un travail. Qui va en plus créer de la richesse. Mais qui ne vous rapportera aucune rémunération immédiate. L’apparition du digital labor, implique que toute activité numérique entraîne une production de données qui sera à court ou à moyen terme génératrice d’un revenu pour ceux qui vont la collecter et non ceux qui en sont à l’origine1

Ainsi, quoi que vous pensiez de cette tribune, que vous la partagiez ou non sur un ou plusieurs réseaux sociaux et quoi que l’auteur de ces lignes vous incite à faire en la matière (soyez chics), vous produisez une donnée qui permettra à la fois d’alimenter des bases gigantesques mais également d’orienter les contenus qui vous seront proposés ultérieurement. Vous venez donc de travailler sans le savoir et peut-être même sans le vouloir. (…) Le travail ça doit se payer. Sauf que celui qui produit n’est pas nécessairement celui qui reçoit.

Le travail échappe largement maintenant à la sphère productive. Sauf que cette dernière est la seule valorisée socialement et politiquement. Il est donc nécessaire de changer de paradigme et de considérer que le travail n’est pas que le labeur, qui plus est celui qui correspond à un salaire. La « société du travail » n’existe pas car le travail c’est la société. Tout est donc travail. Le salarié, l’entrepreneur, mais aussi l’artiste, le retraité, le chômeur, l’étudiant, le bénévole, le militant, et même l’oisif, tous travaillent.

Mais pour certains, ce travail est socialement invisible, ou au mieux peu valorisé car considéré comme improductif, voire honteux. Réduire le temps de travail, instaurer un revenu universel, taxer les “robots”, sont de bonnes idées car elles permettent l’extension du domaine du travail. Emile Durkheim l’avait déjà compris, on ne peut pas séparer la société idéale de la société réelle. Vaste programme. On se met au travail ?

Lire l'article : « Société du travail », triste tropisme

Source image : « Work in progress ». Jonas Bengtsson/Flickr, CC BY

  1. Concernant le "digital labor", je me permets de vous renvoyer à mon billet précédent "Les codeurs sont les ouvriers du XIXe siècle" (http://www.politis.ch/carnets/2017/02/10/les-codeurs-sont-les-ouvriers-du-xxie-siecle-slatefr/)

Tout derniers râles de secret financier — Rhonestrasse

Il est furieux, Bob Richards, le Premier ministre des Bermudes. Si les intérêts de son île, territoire britannique d’Outre-mer, sont menacés, il “n’hésitera pas à réclamer l’indépendance“. L’an dernier, il brandissait cette menace à la lumière du Brexit. Désormais, c’est la fin promise par Londres du secret bancaire et financier de son pays qui le […]

via Tout derniers râles de secret financier — Rhonestrasse

Les codeurs sont les ouvriers du XXIe siècle | Slate.fr

Selon un journaliste de Wired, la bible américaine des technophiles, la plupart des gens imaginent encore qu’un développeur dans l’informatique a un profil proche de Mark Zuckerberg: un jeune en sweat à capuche qui construit des apps pour changer le monde et devenir richissime. Le stéréotype, particulièrement marqué par le marché du travail de la Silicon Valley, ne correspond pourtant plus à la vaste population qui code pour vivre, remarque l’auteur (que ce soit aux États-Unis ou ailleurs dans le monde). Et on ferait mieux de considérer que les codeurs sont l’équivalent pour le XXIe siècle de ce que les ouvriers qualifiés de l’automobile ont été au siècle précédent: les piliers d’une classe moyenne salariale.

L'article : Les codeurs sont les ouvriers du XXIe siècle | Slate.fr

Source image : Coding / Robert Gourley via Flickr CC License By

Produire jusqu’à l’épuisement | La vie des idées

Dans un ouvrage documenté et limpide, Robert J. Gordon retrace le progrès économique aux États-Unis depuis 1870. La croissance soutenue de la productivité et du niveau de vie semble s’être épuisée depuis 1970 : la révolution numérique pourrait à cet égard n’être que mirage.

Recensé : Robert J. Gordon, The Rise and Fall of American Growth : The U.S. Standard of Living since the Civil War, Princeton, Princeton University Press, 2016.

Si les Trente glorieuses exercent sur nos contemporains une telle fascination, c’est qu’elles représentent l’âge d’or de notre modernité ou une parenthèse économique singulière. Le rythme trépidant auquel s’y accomplirent les changements de nos modes de vie, fait cruellement défaut à notre époque.

Le livre de R. J. Gordon nous apporte la démonstration que le monde développé est déjà entré, depuis une génération, dans la « longue stagnation ». Ce faisant, il nous invite à changer de perspective sur notre présent : le buzz qui entoure les nouvelles technologies nous masque les dynamiques souterraines actuelles. L’auteur reprend et généralise le fameux « kitchen test » de Paul Krugman, qui montre que nous exagérons à tort l’importance des nouveautés les plus récentes. À y regarder de près, une cuisine-type du début du 21e siècle partage en réalité beaucoup plus de traits avec une cuisine des années 1950 que cette dernière avec une cuisine du début du 20e siècle.

L’ouvrage est organisé en trois parties. Il adopte, dans les deux premières parties, une division chronologique : les chapitres s’y répondent pour examiner les progrès réalisés dans les différents domaines qui déterminent la qualité de vie de l’Américain ordinaire (nourriture, logement, transports, communications, santé, conditions de travail et maîtrise des risques de la vie). Une troisième partie rassemble les enseignements de l’étude chronologique et examine les options politiques susceptibles d’atténuer l’incidence des puissants « vents contraires » qui ralentissent la croissance actuelle. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il n’y a pas de remède miracle et rien ne pourra faire qu’une énième révolution industrielle vienne égaler la puissance transformatrice des deux précédentes – pas même la révolution numérique.

Lire le compte-rendu : Produire jusqu’à l’épuisement – La Vie des idées